
À l’heure de la sortie de deux livres de l’auteur, Édouard Leroy et moi avons rencontré Erri De Luca dans la magnifique librairie indépendante Libres Champs Léa. Une rencontre à l’image de son œuvre : discrète, généreuse et profondément habitée par les mots

Ça veut dire que écrire, c’est se promener dans notre orage, pieds nus, …

Emma retrouve les agendas de sa mère, déclenchant un retour vers son enfance à Mohammedia. Les souvenirs remontent par touches successives : les orangers, le jardin familial, le port, les jeux d’enfance, les années de pensionnat à Casablanca, mais aussi la quête d’amour d’une enfant face à une mère aussi fascinante qu’insaisissable. Peu à peu, l’écriture devient pour elle une manière de comprendre son histoire, de s’émanciper et d’habiter le monde.

Il ne s’agit pas de flotter comme on s’abandonne, mais de tenter le flottement. Chercher une manière de rester à la surface sans nier la profondeur. Traverser le trouble sans prétendre le résoudre. Tenir dans l’incertain sans le transformer trop vite en discours.

Mazarine M. Pingeot écrit un texte sensible où la philosophie fait surgir un questionnement, une inquiétude. L’intelligence artificielle n’est pas observée comme un prodige technique, encore moins comme une menace de science-fiction. Elle apparaît dans ce qu’elle a de plus quotidien, donc de plus troublant : sa capacité à s’installer dans nos phrases, nos recherches, nos gestes intellectuels, nos réflexes de pensée. Ce n’est pas une vision du futur. C’est maintenant.

Livre queer et intense, le roman avance dans une zone trouble : celle des désirs qui n’ont pas demandé la permission d’exister. Thierry Brunello observe ses personnages dans leurs élans, leurs retraits, leurs emballements, leurs lâchetés parfois, avec une attention presque tactile.