Conseil de lecture d’été : L’Adieu à Venise, de Thierry Brunello.

D’abord, une sensation : celle d’un été trop mûr, presque blet, où la beauté commence à fermenter. On entre dans L’Adieu à Venise par la chaleur, par l’eau, par cette lumière qui dore les façades et rend les êtres moins défendables. Tout paraît offert, et pourtant tout se dérobe.

Livre queer et intense, le roman avance dans une zone trouble : celle des désirs qui n’ont pas demandé la permission d’exister. Thierry Brunello observe ses personnages dans leurs élans, leurs retraits, leurs emballements, leurs lâchetés parfois, avec une attention presque tactile.

Venise, ici, agit comme une matière vivante. Elle colle à la peau, s’infiltre dans les silences, amplifie les regrets. Ville amphibie, ville fiévreuse, elle devient le lieu idéal des amours qui vacillent : trop belle pour être innocente, trop fragile pour être apaisante.

La manière dont le livre fait tenir ensemble la sensualité et la menace est remarquable. Un geste peut y devenir aveu. Un regard, vertige. Une absence, gouffre. La phrase de Thierry Brunello a quelque chose de nerveux, de salin, parfois presque coupant.

Au centre, Angelo. En 1938, dans une Italie que le fascisme gangrène, il aime Luca, policier énigmatique, dans le secret imposé aux amours que l’époque condamne. Cette passion clandestine pourrait n’être qu’un refuge ; elle devient un risque. Car l’intime, ici, n’échappe jamais à l’Histoire. Quand Marino, le frère d’Angelo, endosse l’uniforme de la milice mussolinienne, la fraternité se corrompt, la maison devient irrespirable, et Venise cesse d’être un abri.

Alors Angelo part. L’Amérique, le cinéma, une autre vie : non pas l’oubli, plutôt une cicatrice maquillée en destin. Trente ans plus tard, son film est sélectionné à la Mostra. Le retour à Venise rouvre ce que le temps avait mal refermé : Luca, Marino, la jeunesse perdue, la honte, le désir, les loyautés défaites.

Le roman tient là, dans cette remontée des eaux noires. Il parle d’amour, mais d’un amour talonné par les chemises noires, par la peur, par les trahisons familiales. Un livre d’été, oui, mais de plein soleil noir.

À lire en pensant à l’importance de la liberté et de l’amour.

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