Tendre Maroc Emmanuelle de Boysson Calmann-Lévy

J’ai rencontré Emmanuelle de Boysson au Zimmer pour son roman Tendre Maroc, publié chez Calmann-Lévy.

Un livre est un objet d’une simplicité presque désarmante. Quelques feuilles reliées, des pages couvertes de signes noirs. Et pourtant, il possède un pouvoir unique : celui de nous faire vivre d’autres existences que la nôtre. D’ouvrir des portes sur des paysages inconnus, des enfances qui ne sont pas les nôtres, des émotions que nous croyions étrangères avant de les reconnaître en nous.

C’est précisément ce que réussit Tendre Maroc.

Le roman s’ouvre lorsqu’Emma retrouve les agendas de sa mère, déclenchant un retour vers son enfance à Mohammedia. Les souvenirs remontent par touches successives : les orangers, le jardin familial, le port, les jeux d’enfance, les années de pensionnat à Casablanca, mais aussi la quête d’amour d’une enfant face à une mère aussi fascinante qu’insaisissable. Peu à peu, l’écriture devient pour elle une manière de comprendre son histoire, de s’émanciper et d’habiter le monde.  

Ce qui m’a particulièrement frappée est la manière dont Emmanuelle de Boysson construit son récit. J’avais parfois l’impression d’assister à la naissance d’un dessin. Au début, quelques traits esquissés. Puis les mots viennent peu à peu en tracer les contours : ceux des personnages, des maisons, des jardins, des rues de Mohammedia, jusqu’à ce que l’image prenne vie sous nos yeux. Chaque phrase ajoute une couleur, une lumière, une ombre, comme si le roman se peignait lui-même au fil de la lecture.

Cette écriture impressionniste ne cherche jamais à tout dire. Elle suggère davantage qu’elle n’explique. Elle laisse au lecteur la liberté d’habiter les silences, de prolonger les souvenirs, d’y déposer les siens.

Mais Tendre Maroc est aussi un magnifique livre sur la littérature elle-même. Sur cette étrange alchimie qui transforme une vie en récit et un souvenir en partage. La lecture, comme l’écriture, devient un espace où l’on apprend à regarder autrement, à comprendre ce qui semblait nous échapper, à faire dialoguer le passé avec le présent.

S’il ne devait me rester qu’un seul mot de cette lecture, et de notre entretien, ce serait transmission.

Une lecture que je vous invite à découvrir, à votre tour, pour vous laisser traverser par cette mémoire devenue littérature.

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