
À l’heure de la sortie de deux livres de l’auteur, Édouard Leroy et moi avons rencontré Erri De Luca dans la magnifique librairie indépendante Libres Champs Léa. Une rencontre à l’image de son œuvre : discrète, généreuse et profondément habitée par les mots.
Né à Naples en 1950, ancien ouvrier, engagé politiquement dans sa jeunesse, alpiniste passionné et lecteur des textes bibliques qu’il traduit depuis l’hébreu ancien, Erri De Luca occupe une place singulière dans la littérature européenne. Chacun de ses livres semble naître d’une même fidélité : celle d’une langue sobre, exigeante, qui refuse l’emphase pour atteindre une vérité plus profonde.
Avec David, il revient à l’une des figures les plus célèbres de la Bible. Ce livre est né à l’occasion de l’exposition consacrée à Michel-Ange au Louvre. Erri De Luca a choisi d’écrire sur David. Le combat contre Goliath cesse alors d’être un épisode spectaculaire pour devenir une méditation sur le courage, la responsabilité et le moment où l’on accepte de répondre à ce que la vie attend de nous.
« Si je peux, je dois. » Cette phrase, prononcée par Erri De Luca au cours de notre échange, est restée longtemps accrochée à mes pensées et les habitera définitivement je crois.
Erri De Luca écrit peu ; David est un livre bref. Pourtant, chaque phrase semble porter davantage qu’elle ne dit. Il laisse au silence le soin de prolonger les mots. Cette confiance accordée au lecteur est devenue sa signature. Son écriture ouvre un espace où chacun et chacune peut reconnaître quelque chose de sa propre expérience.

À ses côtés paraît L’Âge expérimental, écrit avec Inès de la Fressange. Le livre prend la forme d’une conversation libre entre deux personnalités que tout semblait séparer et que réunit une même curiosité pour le monde. Lui apporte le regard de l’écrivain, façonné par la montagne, les langues anciennes et les années. Elle, celui d’une femme qui a traversé l’univers de la mode sans jamais renoncer à son indépendance, faisant de l’élégance une manière d’être autant qu’une manière de regarder le monde.
Il est question du temps, du corps, du désir de continuer à apprendre, d’une expérience qui ne ferme aucune porte mais en entrouvre d’autres. Tous deux refusent la nostalgie. Vieillir n’y apparaît jamais comme un effacement, mais comme une liberté qui dépend de moins en moins du regard des autres.
En refermant ces deux ouvrages, on retrouve ce qui fait la singularité de l’œuvre d’Erri De Luca : une littérature qui ralentit notre regard et rappelle que les réponses importent parfois moins que la qualité des questions que l’on accepte de porter. Avec Inès de la Fressange, cette réflexion s’enrichit d’une voix différente, plus légère parfois, mais tout aussi attentive à cette aventure inépuisable qu’est la vie.