
Elle se partage entre son appartement de Montreuil, la maison qu’elle retape en Bretagne et d’innombrables rencontres scolaires. Elle aime être tranquille pour écrire, très tranquille même, jusqu’à s’enfuir à l’étranger pour avoir la paix. Flore Vesco est une autrice rare, dont chaque nouveau roman est un événement.
Peut-être était-elle prédestinée à écrire pour la jeunesse, puisqu’elle à grandi a Montreuil, en même temps que le fameux SLPJ1… D’abord enfant, puis adolescente et enfin jeune adulte, Flore Vesco s’y rend tous les ans, marquée par son côté festif et foisonnant.
Si elle a sagement fait des études de lettres modernes et d’arts du spectacle, son grain de folie s’est vite manifesté lorsqu’elle s’est mise à collectionner les masters « sur des sujets un peu marrants et borderlines, comme le texte latin qui a inspiré Les États et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac », et autres joyeusetés littéraires. Elle est tout de même obligée de s’arrêter après quatre ou cinq masters, juste le temps de remporter le prix du Premier Roman Jeunesse attribué par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Elle touche la bourse, mais ne verra jamais ce premier livre publié. « Le Prix s’est arrêté juste quand je l’ai obtenu. Si ça se trouve, c’est à cause de moi, » déclare-t-elle en riant.
La voici devenue professeure de français en collège et lycée. Elle commence à écrire une histoire de jeune bouffonne qui joue sur les mots… « Mais je n’arrivais pas à avancer. Le travail de professeur était trop chronophage. » Alors elle quitte tout et se lance dans l’écriture à plein temps. Il lui faut un an pour finir De Cape et de Mots, deux autres pour trouver un éditeur avec Didier Jeunesse et deux de plus pour voir ce premier roman paraître enfin en librairie.
Le succès de ce qui deviendra son plus beau long-seller est au rendez-vous. De Cape et de Mots remporte plusieurs prix (prix Saint-Exupéry, prix Dimoitou, prix La voix des Blogs, Etoiles du Parisien) et lui vaut pléiade d’invitations pour des rencontres scolaires. « Ça m’a sauvée de la pauvreté ! J’ai pu arrêter tous les petits jobs où j’écrivais des quizz, des compte-rendus de réunions d’entreprise et autres articles terriblement ennuyeux ! »

Les plans d’une tour d’Ivoire
Les romans s’enchaînent ensuite à un rythme assez lent, car Flore n’écrit pas vite, « je n’alimente pas la surproduction ! » Mais chaque parution est remarquée. L’Ecole des Loisirs la démarche. S’en suit un magnifique triptyque consacré à la réécriture de contes. L’Estrange malaventure de Mirella mêle épidémie de peste et mythe du Joueur de flûte de Hamelin. Puis vient D’or et d’oreiller une version de la Princesse au petit pois audacieusement érotique et enfin De Délicieux enfants, qui revisite le Petit Poucet et où la cruauté n’est pas celle qu’on attend.
« Mes idées les plus réussies surgissent quand je suis loin de tout. D’Or et d’Oreillers a été écrit en partie au Japon. Avec le décalage horaire, les mails et les coups de fil arrivaient la nuit, c’était parfait ! Ces coupures avec le monde sont pour moi très fécondes. C’est quand je suis dans ma grotte que les idées surgissent. »
Quand on l’interroge sur sa façon d’écrire, Flore Vesco se révèle une autrice très méthodique. Celle qui ne croit pas à la distinction entre « jardiniers » et « architectes » réalise « un plan de monomaniaque avec des lignes et des couleurs. » Elle établit d’abord la structure qu’elle retravaille longuement, puis rédige et cisèle le texte. « D’abord le fond, après la forme. L’histoire ne bouge plus dans les phrases de réécriture, mais la joliesse, les belles phrases, oui. Tout ça prend du temps. »

Le meilleur public !
Tout de même, les rencontres scolaires dont elle est friande la sortent régulièrement de son tête-à-tête avec le texte. Flore Vesco adore le public très spontané des enfants et des adolescents pour lequel elle se déplace en France et à l’étranger. « Souvent, les élèves ont travaillé comme des fous derrière un ou une prof très engagée ! J’ai vécu des expériences incroyables : de fausses émissions de télé avec des élèves en cravate qui avaient prévu des coupures publicitaires, un jeu de l’oie géant dessiné dans un gymnase avec des élèves sur chaque case qui jouaient des scénettes, animaient des quizz, etc. » Une fois, elle a même été accueillie en fanfare par des rats à tête de papier mâché qui dansaient dans la cour en l’honneur de L’Estrange Malaventure de Mirella. Il y a aussi eu des escape games, des rencontres dans des lieux insolites, des chasses au trésor, des gâteaux inspirés des romans… À l’entendre, les enfants (et leur professeur) sont incontestablement le meilleur public !

Un livre… dont le livre est le héros
On rêverait de la retrouver plus souvent en librairie, mais il faudra se montrer patient… Après le succès de l’adaptation de De Cape et de Mots par les Kerascoët en roman graphique, sa prochaine parution sera aussi une BD : l’adaptation du trépidant Louis Pasteur et les Loups Garous, avec Qin Leng au dessin, en janvier 2027.
Comme on la bouscule pour qu’elle nous en apprenne davantage, elle hésite d’abord à nous inventer des secrets inavouables, comme une liaison avec David Foenkinos ou le fait d’être l’invitée d’honneur du premier salon littéraire organisé sur la Lune (elle dit s’être entraînée pour les dédicaces en apesanteur). Finalement, elle avoue tout : elle termine trois courts romans dans un univers où les écrivains n’existent pas, les livres poussent comme des fleurs et les libraires en font des élevages. « Un bébé livre n’a pas de texte, mais après, il grandit… » Sauf dans son premier opus, Le Livre sans mot, où ces derniers refusent d’apparaître. Dans le deuxième, Le Livre à lire en cachette, les mots qui apparaissent sont absolument scandaleux… du moins c’est ce qu’on croit à première vue. Quant au troisième, Le Livre le plus facile à lire, c’est l’histoire d’un livre qui déteste qu’on lui dise qu’il est facile à lire, lui qui ne rêve que de figures de styles et de grandes métaphores… il va donc faire de son mieux pour se complexifier à outrance…
On est à deux doigts de faire pression sur l’éditrice pour que lesdits ouvrages paraissent plus vite, on s’autorisera seulement à dire qu’on a joliment hâte !
Pour les faire lire encore plus…
Avant de se quitter, une dernière question. Quels livres Flore Vesco recommande-t-elle à des parents qui essaient de faire lire leurs enfants ?
« Pour des filles en fin de collège, début de lycée, qui aiment le fantastique, je conseillerais Millepertuis de Julia Thévenot. En contrepoint aux amatrices de romances, je plébiscite La Nuit Bleue d’Anaïs Sautier, une histoire d’amour dans les Quartiers Nords de Marseille. C’est très sombre et très bien écrit. Ça va les sortir un peu de ce qu’elles aiment lire, mais elles vont quand même y trouver une vraie belle histoire d’amour. »
Et sinon ? « Clémentine Beauvais, évidemment ! C’est toujours une valeur sûre ! »
Une valeur sûre, on apprécie toujours. Comme les livres de Flore Vesco.
Pour découvrir Flore Vesco…
Les livres de Flore Vesco sont lus aussi bien par les adultes que les adolescents. Ils sont de ceux pour lesquels on se précipite en librairie, « vous avez reçu le dernier Flore Vesco ? » et de rager lorsqu’il n’est pas encore sorti des cartons. Pour entrer dans son univers, nous vous en recommandons trois, très différents, à partager avec les enfants.

* D’Or et d’oreillers (Prix Sorcières, liste d’honneur d’IBBY France et Prix de la SDGL 2022)
Il y a comme un air d’Orgueil et Préjugés dans ce livre, mais aussi du Bachelor (oui, l’émission de TV réalité), ainsi que de la Princesse au petit pois, un soupçon d’Alice au pays des merveilles et quelques contes moins connus des frères Grimm…
Le très riche Lord Handerson, meilleur parti du canton, a enfin décidé de se marier ! Mais pour devenir l’heureuse élue, chaque candidate devra accepter de passer une nuit sans chaperon dans une chambre de son château. Outrage ! Scandale ! Mais la fortune est trop belle et tous les parents y envoient discrètement leurs filles, à commencer par les odieuses sœurs Watkins… Seulement leur domestique, Sadima, pourrait bien être celle qui a saisi la clé du mystère.
D’or et d’oreillers est un roman érotique d’une audace folle qui peut être lu à n’importe quel âge, puisqu’il repose pour beaucoup sur l’imagination de son lecteur. Une réflexion profonde sur le consentement, la naissance de la sensualité, mais aussi sur l’emprise qui n’est pas là où on l’attend.
On recommande l’ouvrage aux amateurs de fantastique et/ou d’histoires d’amour à partir de la 4e en moyenne (13 ans), ainsi qu’à tous les adultes !
Une adaptation est également disponible en BD sous les pinceaux de Mayalen Goust.

* Louis Pasteur contre les loups-garous
Un superbe roman d’aventure-policier-romantique-scientifique-historique-fantastique, parce que pourquoi pas. Et d’ailleurs, ça fonctionne très bien.
1842. Louis pasteur, 19 ans, entre comme boursier à l’Académie Royale de Saint-Louis, avec certaines idées révolutionnaires sur la science… Mais des crimes ont lieu dans l’école et bientôt, on suspecte des loups-garous. Flanquée de la jeune Constance beaucoup plus à l’aise que lui dans les relations sociales, Louis Pasteur mène l’enquête aidé de ses propres connaissances en bacilles et bactéries.
C’est drôle, intelligent et trépidant.
On recommande dès l’entrée au collège et même dès 9 ans pour les bons lecteurs. Adaptation BD disponible dès janvier 2027 avec Qin Leng au dessin.

* De Cape et de mots (a reçu trop de prix pour tous les citer)
Pour sauver sa famille de la pauvreté, Serine se fait demoiselle d’honneur. Mais les choses se passent rarement comme prévu quand on est doté d’un esprit aussi fantasque ! D’abord les maladresses, puis les prises d’audace… Bientôt Serine met le nez dans un complot royal et manque d’être assassinée. La voici qui revient sous les traits d’une bouffonne à qui le roi ne peut rien refuser. Enchaînant bons mots, déguisements, ruses et cabrioles, Serine a fort à faire pour déjouer les tours de la cour. Heureusement, elle peut compter sur l’aide d’un apprenti bourreau et, surtout, sur son intelligence particulièrement piquante !
À mettre entre toutes les mains à partir de 10 ans et plus. Lecture idéale en fin de primaire et début collège. Les adultes se régalent aussi. Une adaptation BD par les Kerascoët est disponible chez Dargaud.
1. SLPJ : Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil, considéré en France comme la grand-messe de la littérature jeunesse.