Tentatives de flottement / Olivier Souillard / Éditions Tarmac

J’ai rencontré Olivier Souillard pour son livre Tentatives de flottement, publié chez Tarmac, au Zimmer.

Le titre dit déjà beaucoup, dans son mélange de fragilité et de résistance. Il ne s’agit pas de flotter comme on s’abandonne, mais de tenter le flottement. Chercher une manière de rester à la surface sans nier la profondeur. Traverser le trouble sans prétendre le résoudre. Tenir dans l’incertain sans le transformer trop vite en discours.

Olivier Souillard écrit après une perte, depuis la faille ouverte par ce manque. Le monde va trop vite, les corps fatiguent, les phrases parfois se défont avant même d’avoir trouvé leur forme.

Alors la poésie devient une manière de ralentir le réel pour l’entendre enfin. On flotte parce qu’on ne peut pas toujours marcher droit. On flotte parce qu’il faut bien inventer une autre gravité. On flotte pour ne pas sombrer.

On pense à Emily Brontë, à cette phrase magnifique de son poème No Coward Soul Is Mine :
« No coward soul is mine / No trembler in the world’s storm-troubled sphere »

« Mon âme n’a rien de lâche,
elle ne tremble pas dans la sphère tourmentée par les tempêtes du monde. »
(traduction personnelle CS)

Chez Brontë comme chez Souillard, la force n’est pas spectaculaire. Elle est intérieure, presque secrète. Une manière de demeurer vivant·e dans la tempête, sans se durcir.

Lire de la poésie aujourd’hui, c’est aussi refuser que tout soit immédiatement consommable. La poésie oblige à reprendre souffle. Elle donne à la souffrance un espace respirable.

Olivier Souillard écrit comme on tend la main depuis une rive incertaine. Et si ce livre touche autant, c’est parce qu’il rappelle une chose simple, presque oubliée : nous avons besoin de poésie non pour fuir le réel, mais pour ne pas le laisser nous confisquer entièrement.

Cristina 

Pour marque-pages : Permaliens.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *