Le tissu de crin / Dr Jennifer Kerner / Mercure de France 

Le tissu de crin est un livre fin, pas seulement par le nombre de pages mais grâce à la complexité des personnages et de leurs subtilités.

Jennifer Kerner est docteure en préhistoire et spécialiste en archéologie funéraire.

C’est son premier roman qui annonce l’arrivée d’une nouvelle écrivaine, mot qui dans mon échelle, toute personnelle, est plus important qu’autrice.

Vous avez peut-être entendu parler de ce livre sur les ondes de France Culture et je ne peux que vous le recommander aussi chaudement que les chroniqueurs radio.

L’histoire se déroule dans les années 50 et a pour décors une grande maison de couture.

Les personnages principaux sont, Jean, un jeune mannequin cabine et Ida, la première d’atelier, femme seule d’une cinquantaine d’années. 

Le récit est fluide et l’écriture séduisante et prenante, on a envie de lire,  de tout savoir, phénomène cherché et obtenu avec les voiles de mystère qui parcourent les pages.

Sensualité et atmosphère Gothique parfaitement maîtrisées.

Un Amour, Gloire et Beauté mais intelligent et avec une histoire, plus que les émotions nous découvrons les sensations, les envies et  les côtés obscurs de la personnalité humaine.

L’expression d’un petit pouvoir qui se transforme en tyrannie pour celles et ceux qui ne peuvent pas se révolter.

Le roman parle d’emprise, de domination et des rapports de force professionnels et amoureux.

L’ambiance du luxe d’époque montre ses contradictions et le contraste entre le beau et l’affreux est profond, la rose montre bien ses épines dans les mots de Jennifer Kerner.

Je suis enchantée par le boléro de l’emprise qui nous montre avec un crescendo d’éléments comment elle s’installe et enfonce ses griffes.

Si ce roman était un habit, il serait une magnifique création de haute couture, millimétrée, fragile et en même temps éclatante et puissante.

À lire sans tarder ! 

Le Chant de la rivière / Wendy Delorme / Les éditions Cambourakis Collection Sorcières

J’ai lu ce livre parce que j’apprécie l’autrice et j’ai déjà lu d’elle « Viendra le temps du feu » de la belle collection Sorcières et encore car j’ai adoré la chronique de Camille Lucidi à propos de ce livre ( @lesvoyagesheures sur Instagram).

Je suis bien contente d’avoir suivi la voie et la voix qui me conduisaient vers Le Chant de la Rivière.

J’ai toujours été fascinée par les rivières, sources de vie et témoins du monde.

Le bruit calme, presque étouffé, ou rythmé par l’impétuosité de l’eau m’enchante comme toute manifestation de l’eau aux couleurs changeantes sans laquelle aucune vie ne serait possible.

Dans le livre de Wendy Delorme aussi, la rivière est une spectatrice du mondes des hommes dépositaire du passé et chargée de le transmettre..

Le texte est d’une grande force évocatrice, dense et ensorcelant, ce récit est celui d’un cours d’eau qui racconte une histoire d’amour passée qui était interdite. La même rivière est proche d’une femme en quête de réponses sur l’universalité de l’amour et sur la maternité.

Si l’élément de l’eau est protagonistes du livre

de Wendy Delorme, elle excelle dans la capacité de donner la parole à la nature dans ses différentes formes et représentations.

Ce récit nous berce comme la mélodie de l’eau qui s’écoule doucement.

L’épisode de vie d’une écrivaine à la recherche d’inspiration qui se retire dans une maison dans les Alpes Franco-Italiennes, devient le conte des passions interdites et des questionnements.

L’écriture de l’autrice est toujours envoûtante et captive immédiatement le lecteur qui est otage des mots qui suivent le cours du récit.

Livre à lire et l’occasion de lire aussi le précédent de l’autrice toujours chez Cambourakis, toujours excellent qui touche toujours au plus profond le lecteur et la lectrice.

Histoires de vent / Adelheid Duvanel / Éditions Corti 

Quelques mot sur l’autrice, qui est une voix particulière, entre littérature surréaliste, conte urbain et art brut dans l’écriture.

Elle est aujourd’hui culte et encore plus en Suisse alémanique.

Moins connue en France comme beaucoup d’artistes hors du commun hélas.

Dans « Délai de grâce », Adelheid Duvanel écrit ceci: « Norma est belle comme un vase porté par une main blanche et qui voudrait qu’on le laisse tomber ». Presque un auto-portrait. 

L’autrice après un vie de tourments intérieurs se suicida.

Adelheid Duvanel.

Ses écrits mélangent rêve et réalité, tiennent du conte, du récit surréaliste et cruel parfois, torture toujours. Avec des personnages solitaires et avec beaucoup de fêlures elle nous met face aux situations décalées de l’ordinaire. 

Angoisse et beaucoup d’humour aussi peuplent ses univers, souvent cinglants. Ses personnages n’ont q’un prénom et comme l’autrice des difficultés à vivre en société et à communiquer avec les autres.

Adelheid a connu l’asile psychiatrique, le repli sur soi et la vie à la marge de la société.

Elle est morte de froid dans un bois un été. Un suicide aussi surréaliste que sa vie et ses œuvres.

Cette poésie de la douleur de l’être et d’être est exprimée avec une maîtrise des écrit qui sort elle aussi de l’ordinaire.

Les textes de Adelheid Duvanel sont exquis et remplis du mystère qu’elle sait créer.

Histoires de vent » dévoile un peu plus le mystère entourant, l’écrivaine, publié postume. La puissance poétique radicale de sa langue fait de ce recueil un chef d’ouvre de l’une des voix les plus importantes non seulement de la littérature suisse du XXe siècle.

Cette édition est un recueil de courts textes, premier livre d’Adelheid Duvanel paru en 1980, donc posthume, et jusqu’ici inédit en français.

Ses personnages luttent contre l’emprise insurmontable des circonstances, trop idéalisées ou trop faibles pour s’insérer dans un contexte qui leur échappe et duquel ils s’évadent en rêve pour résister à la réalité.

Les cours récits sont des Instantanés de la marginalité furtive et changeante.

En connaissant la vie de l’artiste, la première histoire « Poète » nous interroge déjà : fiction ou personnage utilisé pour exprimer les sentiments et les angoisses de l’autrice ?.

Peu importe, ce qui compte vraiment, à mon avis est de connaître et faire connaître des musiciens et musiciennes des mots qui on effleuré le réel avec l’intensité d’un rêve et qui doivent trouver une belle place dans nos bibliothèques.

Ma reconnaissance de lectrice aux Éditions Corti car l’interrogation du monde se fait aussi grâce à ses grands auteurs et autrices trop oubliés.

Chats d’artistes / Anne Davis et Bertrand Meyer-Stabley / Bartillat 

Les félins se promènent, ronronnent et griffent dans l’histoire et dans l’histoire des arts, représentés par des grands artistes mais aussi protagonistes d’œuvres littéraires et fidèles compagnons de vie.

Victor Hugo, écrit : « Le chat est un philosophe distingué, un poète, un penseur, un fabuliste »

Aldous Huxley disait qu’avoir un chat était nécessaire pour être écrivain.

Ce beau livre des éditions Bartillat propose images et textes pour une immersion totale dans l’énigmatique monde des félins liées aux artistes et aux arts, il est  très prenant, avec une très belle écriture.

Nous trouvons beaucoup de personnages et personnalités célèbres.

Picasso et Dali, Cocteau et Paul Klee, Basquiat et Wathol, Matisse et Klimt, Monet et Léonor Fini.

C’est de cette grande dame que je vais vous parler, Léonor Fini est une artiste surréaliste que j’aime beaucoup, elle s’est également essayée à l’écriture et beaucoup de ses performances artistiques et tout dans sa vie tournent autours de celui que Léonard de Vinci définissait comme : « Le plus petit des félins qui est une œuvre d’art »

Léonor jugeait  le monde en fonction de l’amour pour les chats de ses interlocuteurs et,  dans le livre des éditions Bartillat, nous découvrons que l’artiste déplaçait ses nombreux chats avec des limousines.

Saviez-vous qu’Andy Warhol posséda jusqu’à 25 chats et que les chats ont une grande importance dans la vie de Berthe Morisot ?

J’ai découvert beaucoup de belles et douces anecdotes sur les artistes présent dans ce livre, en suivant l’ordre alphabétique choisi par les auteures, page après pages les chats nous racontent leurs humains. 

Une galerie de portraits tous intéressants et originaux.

Je vous le conseille vivement 

Et vous comme vous le demanderait, Léonor Fini: aimez vous les chats ? 

Essais de micro / HUANG KUO-CHUN / Actes Sud 

Pataphysique ! Ce livre est l’apothéose de la littérature du non-sens.

La surréel version Taïwan.

L’auteur de génie, a eu un triste destin, «Né en 1971 à Taipei, fils aîné de Hwang Chun-ming, dont Actes Sud a publié Le Gong, Huang Kuo-chun s’est suicidé en juin 2003, en laissant derrière lui cinq volumes, dont deux posthumes : trois recueils de nouvelles, un roman inachevé et le présent recueil de textes en prose.».

Ce livre publié par Actes Sud en 2009 je le découvre seulement maintenant en cherchant de mieux connaître, on pourrait carrément dire de connaître la littéraire taïwanaise.

J’irai très bientôt dans un restaurant taïwanais, Le Taipei Gourmet, et je continue de vouloir allier littérature, culture et traditions, y compris le food.

Ce livre a comme personnages des objets et des humains et il est tellement minutieux dans son étrangeté qu’il allie des détails comiques et d’autres profondément mélancoliques.

Globalement il s’agit d’une critique ouverte de la société de consommation faite en utilisant un univers fantastique et loufoque.

Mon personnage préféré est Le Micro-ondes qui parle ! 

Je vous conseille cette lecture pour une évasion couplée de réflexion qui se fera avec légèreté.

Avez vous d’autres auteurs taïwanais à me conseiller ? 

Chanson pour bercer de grands garçons / Conceição Evaristo /Éditions des femmes-Antoinette Fouque

Admirable, addictif, merveilleux, totalement crédible et réaliste.

Voici le condensé de ma pensée sur ce récit de Conceição Evaristo.

Si comme moi vous découvrez l’écrivaine je vous la raconte brièvement :

« Autodidacte, Conceição Evaristo a énormément lu tout au long de sa vie, y compris en français, et a été touchée, selon ses biographes, par des écrivains et penseurs tels qu’Aimé Césaire, Léopold Senghor, Edouard Glissant, Maryse Condé, Autrice issue des Favélas, elle représente les minorités sociales provenant des quartiers défavorisés brésiliens, mais aussi les femmes et les Noirs au Brésil, 

À ce titre et pour son talent, elle est une figure emblématique de la littérature afro-brésilienne »

Je sors de cette lecture enrichie comme seulement la littérature sait permettre de l’être.

Conceição Evaristo donne forme avec les mots  à ce qui est latent, présent mais pas forcément compris.

Ce livre matérialise des problématiques sentimentales et relationnelles importantes.

Il y a un peu chacun de nous même si les situations sont différentes de nos vies. Il y a beaucoup de femmes de la planète, du monde, dans ce livre, dans toutes les femmes représentées.

Créatrice de mondes, Conceição manipule le langage de telle manière qu’elle nous entraîne à travers l’histoire sans négliger la forme, malgré l’importance du contenu. 

Les chapitres sont courts, ce qui en fait une lecture rapide, chacun d’eux couvre une relation entre le protagoniste et une femme différente. Telle une douce chanson, l’histoire a un rythme continu et passionnant.

Conceição est titulaire d’une maîtrise, d’un doctorat obtenus avec une grande force de volonté, elle mérite toute la reconnaissance mondiale possible et plus encore.

Une autrice à découvrir absolument ! 

Dernier CRI / Yonatan Sagiv / L’Antilope

 

Yonatan Sagiv,  né en 1979 en Israël a un doctorat d’études juives de New York University, il est spécialiste de l’œuvre du prix Nobel de littérature israélien Shmuel Yosef Agnon. Il enseigne à l’université à Londres.

Du coup maintenant j’ai envie de lire l’œuvre de Shmuel Yosef Agnon, la Neverending Story d’un livre qui en appelle dix autres.

On va commencer avec Yonatan Sagiv que je découvre avec ce livre.

Un roman que Elise Lépine,  journaliste au Point a su défendre de manière fantastique sur France Culture.

Dernier cri mérite tous les éloges qu’il reçoit. 

Ce détective gay Israélien est une créature captivante. Oded Héler est intelligent drôle, mais aussi fragile et avec des multiples facettes dans sa personnalité.

Un personnage haut en couleur, entraînant pour le lecteur qui se retrouve plongé dans l’intrigue.

L’écriture est rythmée et intense. 

Ce livre est plus qu’un simple polar, il explore la société contemporaine et les voies de l’intolérance visible et invisible, l’auteur profite de l’histoire pour raconter celle d’Israel aujourd’hui.

Oded Héler a pour mission d’enquêter sur la dépression de la jeune protégée d’un riche homme d’affaires qui ne veut plus enregistrer son nouveau single, mais deux autres enquêtes sont entrelacées à la sienne, beaucoup de disparitions autour de Carine, cette adolescente qui inquiète pour son spleen.

Ce livre touche les paillettes de la jet set et la condition des travailleurs immigrés.

Nous traversons les quartiers de Tel-Aviv à la recherche de réponses.

Pour le lecteur pourtant cette recherche est porteuse d’informations mais également de questionnements sur le racisme et l’homophobie et plus en général sur les libertés individuelles.

Oded Héler est un coup de foudre pour moi, pour sa complexité, sa capacité de distanciation tout en s’impliquant avec humour dans ses découvertes et ses relations, en font un personnage très attachant.

J’ai terminé la lecture en sachant que je pourrai retrouver mon détective dans deux opus précédents, de la même série ! 

Je l’ai dit Neverending Story celle des amoureux de livres ! 

Un livre bien écrit, drôle et percutant à lire et offrir étant sûrs du succès de la lecture.

Intimités / Perla Servan-Schreiber /LA MARTINIÈRE

Intimités est un livre puzzle, un miscellanéus de récits, poésies, citations, comme par exemple page 70 «Merci de ses heures d’hier qui resteront plantées dans mon souvenir pour y refleurir souvent » Rainer Maria Rilke ou page 90 « La poésie est cette musique que tout homme porte en soi.» de William Shakespeare. Mais il y a aussi du Borges, du Barbara du Cocteau et bien d’autres pour parler des pièces de puzzle citations qui composent ce livre.

Les pages alternent les formes et les genres de texte toujours avec grâce et soin.

Toutes les émotions qui font de nous des êtres vivants sont représentés et décrites et sinon, il y a la mort aussi,

Peut-on parler du vivant, sans s’approcher de la fin, de ce mystère qui rend important la vie.

L’autrice parle du matériel et de l’immatériel, des sentiments et des sensations.

Ce livre est un bonheur à lire, Perla Servan-Schreiber exprime une force qui nous contamine vite et nous en sommes heureux,

Belle écriture, forme particulière et agréable, tout compose la mosaïque, la toile des intimités.

À lire absolument 

Sur la mode / Walter Benjamin / Payot petite bibliothèque philosophie

L

es pages de ce petit livre sont extraites du monumental et inachevé ensemble de textes relatifs au grand projet des passages parisiens, inédits à la mort de Benjamin, sont désormais édités et publiés, depuis les premières esquisses jusqu’aux manuscrits tardivement retrouvés.

Pendant son exil parisien, l’éclectique philosophe que j’admire tant, participa à la vie parisienne et posa son regard sur le monde de la mode.

L’idée de Benjamin sur la mode s’articule autour de l’idée d’un concept hiératique de la matière, une sorte de chic hard-edge avant la lettre. Les points de vue de la critique Helen Grund et de Benjamin correspondent à des positions dans la couture des époques présentes ou récentes : la légèreté fluide des créations néoclassiques de Madeleine Vionnet et les alignements pleins d’esprit des robes et des objets dans la couture d’Elsa Schiaparelli. 

Benjamin parle de la femme et du sport, mais aussi de la mode comme industrie et des femmes comme clientèle.

La mode et le monde séduisent Walter Benjamin, pour ses nouveautés constantes qui « donnent le ton » et pour la recherche de la beauté et de la perfection.

Ici on parle de crinoline mais aussi d’Apollinaire et de surréalisme.

Last but not least la mode pour notre auteur est politique. La mode est soumission ou est liberté.

C’est drôle, je l’avoue que de lire Benjamin écrire sur les plumes qui ornaient les chapeaux et les souliers et passer au texte suivant à une réflexion sur la mode comme symbole et témoin de l’histoire.

Ces quelques pages de fragments rendues aux lecteurs, dans cette édition, sont un baume parfumé pour soigner la curiosité et l’intellect.

Un médicament contre la couleur grise qui règne dans notre époque sans mémoire.

Lisez, Lisez ce livre, lisez Walter Benjamin 

La Corse Mythes fondateurs et imaginaire national (XIXe – XXe siècles) / Pietrera Ange-Toussaint / Albiana

L’Histoire de la Corse vue avec le prisme des mythes et de l’imaginaire ! 

Intriguant pour l’amatrice d’histoire et de la Corse que je suis.

Ce livre est une mine d’informations et de découvertes.

Un parcours qui se fait avec des peintures, des œuvres littéraires, des coutumes locales et avec la capacité de l’auteur de nous transporter en Corse, l’île du passé qui explique celle du présent.

C’est vraiment intéressant de découvrir « les moeurs corses » au travers ses images et peintures.

Nous voyons « La vendetta » décrite et représentée et l’auteur nous parle de l’histoire publique et privée de la Corse.

Un paysage se construit petit à petit avec des descriptions minutieuses des actes du passé.

J’ai lu plusieurs livres à la fois.

J’ai particulièrement aimé la partie du livre dédiée à la naissance et l’affirmation du « Héros » et celle sur la Langue Corse qui m’a appris bien de choses.

L’impression est celle de lire plusieurs romans historiques bien écrits et illustrés.

Je vous conseille vivement cette lecture