
« On en parle trop. » « On ne peut plus rien dire. » « Encore les LGBTQIA+ ! » « Encore les féministes. », « On les voit partout. », « Ils veulent nous imposer leur façon de vivre. » Tous les jours, nous pouvons entendre ou lire ce genre de réflexions, que ce soit dans les transports en commun, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux ou simplement dans la file d’attente chez le boulanger. Ces phrases reviennent dès que sont abordées les questions de féminismes, de sexualités ou de personnes LGBTQIA+. N’est-ce pas fatigant de les entendre ? N’est-ce pas épuisant de devoir sans cesse expliquer et justifier qui l’on est ?
Dans Comment survivre à votre fatigue de genre ?, Vincent Patigniez explore deux types de fatigue. La première, la fatigue de genre, vécue par les personnes minorisées confrontées aux stéréotypes, aux discriminations, mais aussi à la charge permanente d’explications et de justifications. La seconde, la gender fatigue, désigne la lassitude ressentie par celles et ceux qui considèrent que les questions de genre prennent trop de place dans le débat public. Ces deux fatigues sont-elles, cependant, à mettre au même niveau ?
Dans cet essai d’une centaine de pages, l’auteur propose une réflexion documentée et empirique. Pour cet ouvrage, Vincent Patigniez a lancé une consultation auprès d’une trentaine de personnes, parmi lesquelles Geneviève Fraisse (philosophe féministe), Sébastien Tüller (juriste et activiste, responsable LGBTQIA+ pour Amnesty France) et Valérie Rey-Robert (autrice féministe). Leurs témoignages permettent à l’auteur de faire dialoguer expériences personnelles, réflexions et références théoriques. Cette fatigue ne relève pas seulement d’un épuisement individuel. Elle s’inscrit dans des normes, des attentes et des rapports de pouvoir qui fragilisent les personnes concernées. L’usure est à la fois psychique, matérielle et représente un coût inégal selon les personnes.

Cet essai rassemble des propos stimulants et des pistes de réflexions intéressantes. L’ensemble permet de faire le point sur les différentes formes de fatigue liées au genre. J’ai toutefois regretté qu’elles soient parfois abordées trop rapidement. Le format court favorise l’accessibilité, mais ne permet pas d’aller au bout des réflexions soulevées. De nombreuses questions restent ainsi esquissées.
Une idée essentielle demeure pourtant après cette lecture. Nous ne devons pas nous résigner, ni nous épuiser. Nous devons nous préserver, prendre du recul, à apprendre à déconnecter. Cela ne signifie pas abandonner les luttes. C’est une manière de les poursuivre dans la durée, car lutter ne peut pas signifier vivre en permanence dans l’épuisement.
Enfin, n’oublions jamais les mots de Simone de Beauvoir, car « il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Votre vie durant, vous devrez être vigilants. » Une phrase qui rappelle que les droits conquis ne sont jamais définitivement acquis.
2026, 109 pages
Sébastien SAMORI