
JE, Lilia Hassaine, Gallimard
Édouard Leroy et moi avons interviewé Lilia Hassaine pour son dernier roman, JE. Livre paru chez Gallimard, dans la collection Blanche.
Jane Eyre (1847), Charlotte Brontë
La Prisonnière des Sargasses (1966), Jean Rhys
JE (2026), Lilia Hassaine
Il fallait une certaine audace pour s’attaquer à cette généalogie littéraire. Charlotte Brontë avait enfermé Bertha Mason au grenier de Thornfield Hall, réduite à un rire fou derrière une porte close. Jean Rhys, plus d’un siècle après, lui avait rendu une jeunesse et un nom, Antoinette Cosway, dans ce chef-d’œuvre postcolonial qu’est La Prisonnière des Sargasses. Lilia Hassaine reprend le flambeau et choisit, à son tour, de faire entendre cette voix.
Ce qui nous a particulièrement intéressé est la manière dont l’autrice construit, scène après scène, le mécanisme de l’emprise. Antoinette tombe amoureuse d’un homme aussi séduisant qu’impénétrable, et ce que le lecteur observe, impuissant, c’est le lent travail de sape d’Edward Rochester. Les compliments qui deviennent des reproches. Le doute qu’on instille. La solitude qu’on organise. Lilia Hassaine ne théorise rien, elle montre, et c’est en cela que le roman touche juste. On y reconnaît, sous les habits d’époque, des mécanismes terriblement actuels.
Un geste littéraire remarquable. Donner un corps, une voix, une histoire à une femme que la littérature avait longtemps réduite au silence ou à la folie, ce n’est pas un exercice de style. C’est une manière de interroger qui écrit l’histoire, et au nom de qui.
JE n’a pas la froideur d’un exercice académique ni la lourdeur d’une démonstration. C’est un roman qui se lit d’une traite, et qui laisse, une fois refermé, cette sensation rare d’avoir assisté à quelque chose d’important, la force des de la fiction pour décrire le monde.
Nous vous invitons à lire Je et Jane Eyre et La prisonnière des Sargasses.