Madame de Sévigné: ou l’excessive tendresse  -Isabelle Brocard  – Fayard 

Isabelle Brocard adapte avec intelligence la correspondance de Mme de Sévigné avec sa fille Françoise de Grignan en parallèle en prose et en images.

Les lettres qu’elle écrivit à sa fille, Madame de Grignan, sont devenues célèbres et couramment étudiées en littérature française et contribuent à l’élaboration d’un véritable mythe de l’épistolière. Un art de la communication qui dévoile des écrivains et des écrivaines.

Le livre est prenant et aborde des thématiques plutôt actuelles sur la place de femmes.

Je tiens à préciser que ce récit est basé sur des lettres mais il n’en est pas un recueil. Nous lisons donc avec plaisir une histoire bien écrite et bien menée.

Je vous conseil en ce 8 Mars 2024  ce livre au féminin. Pour son autrice, pour les personnes et aussi pour les thématiques choisies.

Méditteranée – Mondher Kilani – Dépaysage

L’un des tests cognitifs faits après un coma est l’enchaînement des mots. Il s’agit de vite associer le premier mot qui nous passe par la tête à la suite d’un mot donné par, dans mon cas, une psychiatrie. Au mot mer, j’ai associé   Méditerranée et enchaîné avec civilisations.

Quand je pense à la mer, je pense immédiatement au Mare Nostrum. Je pense à l’histoire des terres qu’il baigne et à ses rivages.

D’un côté les riches, de l’autre les pauvres.

La mer de mon enfance, à 25 minutes en voiture de ma maison à Rome, celle de mes vacances en Sardegna avec ma tante, celle tant aimé par mon père. Celle qui représentera pendant toute mon enfance, amour, histoire et bonheur.

À Rome, la légende veut que la place « Navona », remplie d’eau servait à des batailles navales dans la ville. À Ostie, le port de Rome,  tout parle de la mer. La Rome ancienne était la reine des mers.

Rome a été, comme pour tant d’autres avant moi,  mon berceau.

Lors de mes dernières années de lycée, l’histoire de la Méditerranée est devenue une passion.

Ce livre est donc pour moi un vrai bonheur. 

Le plaisir de la lecture, des mots, des phrases et des chapitres allié à l’histoire, l’art et une vision anthropologique de la Méditerranée vue des deux rivages.

J’apprécie particulièrement la mise au point de l’auteur sur Hannibal, opérée savamment.

Parler de la Méditerranée est impossible, sans penser aux odyssées des migrants à la recherche de l’Eldorado et accueillis, si ils survivent,  comme de barbares envahisseurs.

J’ai adoré cette lecture, pour vous détendre, pour apprendre et pour réfléchir.

« L’histoire enseigne mais elle n’a pas d’élèves » – Antonio Gramsci, devenons élèves de ce livre qui nous enseigne l’ouverture d’esprit et l’amour de l’autre; l’universalisme.

Voyage en Italie – Goethe / Préfacier : Jean Lacoste – Omnia poche-Bartillat

Il était donc écrit, à ma page, dans le livre du destin, que j’admirerai profondément Goethe.

Cette belle phrase l’auteur de ce voyage en Italie l’utilise pour décrire l’extase d’être arrivé à Venise.

J’ai lu ce livre, une première fois en Italie, en italien, j’avais envie de le lire en allemand et j’avais donc commencé à étudier cette langue. 

À cette époque j’aurais aimé parler, et surtout comprendre, toutes les langues de la planète pour pouvoir incarner l’idée de « voyageur » de Goethe.

Pas un touriste qui passe sans observer mais un voyageur qui sait voir en la diversité des cultures une immense richesse.

Goethe a fait un voyage en Italie d’environ une année et demie.

Voir les mots du livres, nous montre l’amour pour l’art et la culture de ce voyageur allemand ouvert d’esprit et qui s’enthousiasme pour la découverte. Goethe sait s’émerveiller et ça c’est très précieux.

Dans ce récit il s’expose beaucoup, en parlant de son parcours, il raconte aussi sa « weltanschauung », sa vision du monde.

Ce portrait de voyage est aussi un véritable carnet commenté des lieux et des personnes que Goethe rencontre.

Comme la plupart des récits de voyages d’écrivains, le Voyage en  Italie de Goethe est mieux que les guides touristiques. Ne partez pas en Italie sans lui et prenez aussi celui de Montaigne et celui de Stendhal.

L’immense auteur allemand est pour moi toujours une découverte, à chaque fois je m’émerveille en le relisant. De cette édition la préface est très outille pour avoir un peu de contexte sur l’œuvre, l’auteur et l’époque.

Une belle analyse riche et intéressante.

Alors voyagez, vous aussi, avec ou à travers Goethe.

Le Géant de l’Azur – André Laurie – Éditions des Lumières

Laurie, André (pseudonyme de Paschal Grousset), publie LE GÉANT DE L’AZUR. dans la Collection Hetzel, en 1904. avec 25 illustrations, la plupart en pleine page pour la première édition. Une collection qui me fait penser immédiatement à Jules Verne.

L’auteur était un collaborateur occasionnel de Verne, et ce roman est un récit d’aventures en mode vernien, entre rêve et science, mettant en scène un navire/avion géant. 

Peu connu et peu commun c’est un grand plaisir de retrouver le roman dans une édition contemporaine d’une naissante Maison d’édition qui peut déjà vanter un riche catalogue. Et oui je voudrais tous les collectionner ! 

J’ai déjà lu des livres de l’auteur et j’ai rencontré, avec amusement des personnages déjà présents dans des ouvrages précédentes.

La grande imagination d’André Laurie et ses ressources scientifiques lui ouvrent la porte  des inventions merveilleuses, encore à l’état de souhait, de mirage.

Belle écriture et histoire extraordinaire en font un livre à lire absolument !

La Double Vie de Dina Miller – Zoé Brisby – Albin Michel

Huntsville, Alabama, 1961 pourrait être la nouvelle localisation spatio-temporelle de Desperate Housewives. Zoe Brisby dessine avec précision la vie en apparence parfaite dans Rocket District.

J’ai ressenti dés les premières pages une atmosphère de mystère et de doute, où les secrets de la conquête spatiale, en période de Guerre Froide, se mêlent aux mensonges familiales et aux intrigues.

En 1961,J.F. Kennedy lance le programme Mercury, pour la conquête spatiale. Huntsville, Alabama, héberge, dans un cadre couleur pastel, les scientifiques et leurs familles, Dina Miller s’installe avec une mission : faire justice et espionner. Nous découvrirons les secrètes des hommes et des femmes choisis pour faire tourner le Centre spatial et de la toute naissante  NASA.

Les détails historiques sont très intéressants et l’héroïne qui nous sert de guide des lieux et de l’époque est fantastique, forte de ses vulnérabilités, elle avance avec courage dans le labyrinthe des mystères créés par l’autrice.

Je trouve l’écriture et l’histoire de Zoé Brisby fascinantes.

J’ai un amour particulier pour la période que nous pouvons définir par « Les années Kennedy » où espoirs et noirceurs sont séparés par un subtile ligne de démarcation.

Et quel bel idéal de regarder les étoiles et s’y rêver. L’espace à explorer comme nouvelle frontière.

Les personnages, bien conçus et attachants autant dans le fond que la forme, sont d’un très très bon niveau.

Le roman sortira le 7 mars, hâtez vous de le découvrir ! 

Mort d’une libraire/Alice Slater/Les éditions La croisée

À partir du moment où j’ai commencé à lire La Mort d’une libraire, j’étais complètement perdue dans l’histoire. Alice Slater a écrit un roman prenant et vraiment addictif ; J’ai encore pensé aux personnages pendant des jours après l’avoir terminé.

Roach travaille dans une succursale , d’une chaîne de librairies, depuis longtemps. Solitaire et obsédée par le vrai crime et les tueurs. Roach se moque des « normes » et passe une grande partie de son temps à écouter des podcasts sur des meurtres célèbres. Lorsqu’une nouvelle équipe est recrutée pour renverser la chute libre des ventes  du magasin, elle rencontre un « type de libraire » très différent : Laura, saine, élégante et sympathique. Constatant que Laura lit également des articles sur les tueurs en série et écrit de la poésie sur des thèmes macabres, Roach commence à fantasmer sur une amitié. Mais les points de vue divergents des deux femmes sur l’éthique entourant le vrai crime retournent Laura contre elle… ce que Roach est très réticente à accepter.

Fascination puis déception de l’être idéalisé dure à vivre. 

Le récit alterne les perspectives des deux personnages principaux – une surprise pour moi, car d’après le texte de présentation, j’avais supposé que Roach raconterait toute l’histoire. Mais les chapitres de Laura apportent une profondeur et une complexité à son personnage et donnent de la puissance à l’histoire.

C’est une intrigue bien exécutée, qui brûle lentement, en attendant le prochain tournant de l’histoire.

Nous sommes en présence d’un véritable bon roman psychologique.

Le 14 mars 2024 en librarie.

Un message caché selon Holbein – Allain Glykos – Ateliers henry dougier

Qui sont les deux jeunes hommes peints, et que faisaient-ils à Londres au début de la crise entre Henri VIII et le Vatican ? Un crucifix est caché en haut à gauche, recouvert par la tenture verte en fond pourrait signifier que le savoir prendrait le devant sur la religion.

Un double portrait étrange : alors qu’il accumule entre les deux ambassadeurs de France à la cour d’Angleterre, l’ensemble de ce qui peut représenter les arts libéraux avec une maîtrise saisissante du pinceau, une longue tache grise flotte au pieds du tableau.

Lorsque vous aurez la possibilité d’aller le voir à la National Gallery de Londres, connaître les raisons de chaque objet présent vous permettra de faire ce pas de coté afin de vraiment craner.

Un amour de poisson rouge – Kanoko Okamoto – Editions Bartillat

Kanoko Okamoto (1889-1939) : une autrice de prose et poétesse à découvrir absolument.

Très connu au Japon ce conte est l’histoire de Maitichi, le fils d’ éleveurs de poissons rouges, il est « de classe inférieure », il tombe amoureux de la belle fille de son riche mécène et patron. Maitichi est envoyé étudier l’élevage de poissons rouges à condition qu’il revienne et aide son chef à gérer et améliorer son activité.

Cependant, à son retour, Masako est mariée et a des enfants et Maitichi a raté sa chance avec elle. Il décide alors de consacrer sa vie à la production d’un poisson rouge idéal et parfait, à l’image de la beauté de Masako. Au fil des années, cela s’avère beaucoup plus difficile que Maitichi ne l’avait espéré. Dans l’ensemble, l’histoire est tendre et l’écriture soignée.

j’ai apprécié ce livre à lecture rapide, (car c’est un court roman). C’est une jolie petite fable avec une fin douce. Une histoire qui parle de la recherche de l’amour mais aussi de l’harmonie.

Belle découverte, à conseiller absolument.

Mademoiselle Gabrielle Chanel – Studio Hébertot, Paris 17e.

Un spectacle musical joué par 5 comédiens qui lui donnent une allure de pièce théâtrale en musique.

Nous traversons l’histoire de la vie de Mademoiselle Gabrielle Chanel en musique.

Un femme qui a changé la mode et influencé le regard de la société sur la vision du corps de la femme. Son histoire est racontée avec le chant et les paroles de 30 personnages.

Brillant, ce spectacle est brillant, il ne s’agit pas d’un travail biographique au sens propre mais d’un puzzle de moments de cette « Mademoiselle » qui à tellement marqué l’histoire de la mode et du 20ème siècle.

Forces et faiblesses de Coco apparaissent, l’orpheline et l’icône nous sont dévoilées.

Les cinq comédiens/chanteurs, accompagnés par un piano interprètent un hommage à la couturière. Nous rencontrons 30 figures importantes et parfois imposantes du siècle, on va de Cocteau à Churchill on traverse la France, avant, pendant et après la seconde guerre mondiale.

Coup de cœur pour cette Chanel vue par la mise en scène d’Hélène Darche et Marie Simon.

J’ai vu et écouté une très belle performance des acteurs/chanteurs.

Nous avons passé un excellent moment je vous recommande le spectacle sans hésitation

Les vagabonds – Richard Lange – Rivages Immaginare

Lectrice conquise dés la première page avec une description du rêve comme échappatoire à la réalité d’une existence subie.

Richard Lange a un style d’écriture soigné et visuellement descriptif, ce qui pour moi a rendu cela assez cinématographique. 

Les Vagabonds se lit et se regarde comme un film de Tarantino . 

L’utilisation de quatre perspectives différentes sur les événements que nous voyons se dérouler ajoute de l’épaisseur au texte. 

Nous apprenons ce que chaque personnage désire le plus

Les protagonistes sont deux frères vampires, aussi sanglants et impitoyables que paumés et tristes.

Pour Jesse, qui voyage avec son frère Edgar, déficient cognitif. et prend éternellement soin de lui, l’humanité s’attarde douloureusement. Cette représentation de l’existence en tant que vagabonds, toujours à l’extérieur de tout, changera avec une rencontre porteuse de beaucoup d’interrogations..

Un livre extrêmement bien écrit, rempli d’action et stimulant. Il s’agit d’une aventure dure, impitoyable et étonnamment émotionnante, remplie d’adrénaline.

Je vous le conseille que vous aimiez ou détestiez les Vampires.