Mélusine reloaded / Laure Gauthier / Corti 

Laure Gauthier écrit un roman que j’ai aimé tout comme sa Mélusine personnage qui déambule égarée dans un monde qui ressemble au note mais plus plat, comme une photo. Voilà mélusine fait surface dans une rue d’un Paris devenu vitrine où tout est pasteurisé et prive de joie. J’aime beaucoup les sigles qui en peu de lettres définissent les catégories de personnes et les fonctions

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Mélusine traverse une bonne partie des désastres du monde réel, écologie, féminisme et capitalisme qui détruisent le monde.

Il ne s’agit pas d’une réécriture du Mythe mais d’une fable un peu SF sans vraiment l’être et d’un mix d’anticipation qui fait geler le sang à la Matrix et de dénonciation sociale.

Le chemin vagabond de Mélusine n’est pas sans rappeler le procedé de Dante où « Quand j’étais au milieu du cours de notre vie, je me retrouvais dans une sombre forêt, après avoir perdu le  droit chemin. ». Cette Mélusine est une femme « entre deux âges » et semble se perdre dans ce monde d’images.

La langue est épurée et recherchée au juste point pour pouvoir communiquer aisément avec toutes les lectrices et les lecteurs qui auront envie de découvrir Mélusine 2.0.

Je suis séduite par l’idée déjà fort interessante et par la réalisation qui me laisse sous le charme également pour sa fin marquante.

Je souhaite à ce court roman de marquer cette rentrée littéraire par son originalité.

Les éditions Corti publient également une version du Mythe de la femme-serpent plus traditionnelle.

La Machine de Turing / Théâtre Michel 

La Machine de Turing est une pièce de théâtre de Benoit Solès créée en 2018 au festival Off d’Avignon, aujourd’hui à nouveau jouée au théâtre Michel qui est accessible aux PMR ♿️ (moi).

J’ai finalement pu regarder et « fall in love » de la pièce ! Après que maintes péripéties dont un coma et un fauteuil roulant m’en empêchent.

J’ai vraiment découvert Turing avec le film Imitation Game en 2015 et surprise je connaissais le nom sans rien savoir de son rôle et de sa terrible fin.

1940 : Alan Turing, mathématicien, cryptologue, est chargé par le gouvernement Britannique de percer le secret de la célèbre machine de cryptage allemande Enigma, réputée inviolable.

Après le film je me suis précipitée sur les livres : 

Alan Turing: Life and Legacy of a Great Thinker, Alan Turing: The Enigma et d’autres titres en anglais et en français comme La machine de Turing en poche chez Points, les BD et aujourd’hui le texte exceptionnel de la pièce chez Nathan qui fournit également un riche dossier.

Turing fut retrouvé mort le 8 juin 1954,  par sa gouvernante dans son lit, avec une pomme croquée sur sa table de nuit. L’autopsie conclut à un suicide par empoisonnement au cyanure.

il avait été mis à l’index, condanné et oublié à cause de son homosexualité.

La Sexual Offenses Act, qui dépénalise l’homosexualité date de 1967.

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La pièce théâtrale retrace avec intelligence, humour et justesse la vie du Turing et la bigotterie intolérante qui l’a privé de son travail et de la reconnaissance qu’il méritait.

Benoît Solès et Mathyas Simon sont parfait.

Le comédien et auteur de la pièce incarne l’âme lunaire et tourmentée de Turing et nous fait vivre des émotions palpables dans toute la salle.

Chaque soir c’est une standing (sauf pour moi cause ♿️, certes) qui salue les comédiens.

Benoît Solès est resté échanger un peu avec moi et j’ai découvert une personne solaire qui transmet des émotions même hors de la scène.

Chaque fois qu’une spectatrice ou un spectateur sortira enrichi de la représentation, une pièce, cette fois celle du puzzle de la lutte contre l’intolérance, sera posée.

Allez voir ou revoir La Machine de Turing  (moi j’y retournerais déjà) car l’émotion est forte.

Offrez aussi des émotions théâtrales à votre entourage, et au pire il y’a le beau texte de la pièce chez Nathan

Marie-Héloïse, fille du Roy / Raphaël Confiant / Mercure de France 

Rentrée Littéraire 2024

Raphaël Confiant est né en 1951 au Lorrain en Martinique. Militant de la cause créole dès les années 1970, il participe avec Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau à la création du Mouvement de la créolité. Écrivain reconnu tant en créole qu’en français.

Cet auteur je l’avais déjà lu dans La muse ténébreuse de Charles Baudelaire qui m’avait enchantée. Même sensation positive pour cette lecture, j’avais envie d’un roman historique qui me fasse changer d’horizon et j’ai trouvé mon bonheur.

Dans ce nouveau récit nous suivons l’existence et les périples de Marie-Héloïse, qui vit à Paris dans un orphelinat jusqu’à ses quinze ans, quant on l’envoie en Nouvelle-France (Québec) avec d’autres orphelines et femmes abandonnées à elle mêmes, elles portent la terrible appellation de filles du Roy et doivent servir à peupler les terres conquises. 

Marie Héloïse passera à cause des aléas coloniaux de la France et du destin de terre en terre de pays en pays pour terminer sa vie à la Martinique.

Une héroïne forte dans un univers qui n’est pas tendre avec les femmes en général et encore moins avec celles sans famille.

Le roman n’est pas avare en rebondissements et sait saisir l’attention des lectrices et des lecteurs, les conditions de vie des colonies,  le climat, les obstacles, la rencontre et le mépris des populations autochtones sont parfaitement relatés, le registre linguistique aussi, s’adapte aux lieux et à l’époque et pour moi, qui accorde une grande importance à la langue et aux descriptions, mêmes longues et détaillées,  dans les romans historiques, c’est parfait ! et je pense que ce roman pourra vous plaire. 

Le rêve du jaguar / Miguel Bonnefoy / Rivages 

Il faut que je vous dise que :

J’aime voyager avec les œuvres littéraires de Miguel Bonnefoy, dans le temps et autour de la planète, un voyage est beau aussi par ses souvenirs et les livres de cet auteur sont dans ma mémoire parfois avec une image créé par les mots, parfois avec l’histoire d’un personnage qui surgit, même dans des nouvelles lectures.

Les histoires que nos écrivains nous racontent ont la capacité de nous enrichir pour toujours.

Le Rêve du Jaguar est évidemment le bienvenu dans ma bibliothèque et dans ma vie. Ses premières pages sont âpres, grinçantes et amères comme le sont la pauvreté et l’abandon. Antonio, qui pourrait avoir mille prénoms et mille nationalités tant la misère est universelle, grandit dans le récit comme une fleure dans le désert ou mieux dans une jungle inhospitalière avec la fureur qui est le seul amour à donner et la colère de celles et ceux qui n’ont rien à perdre règne seule.

Rien à perdre et tout faire pour survivre, un destin qui en change un autre, deux destins qui évoluent, ainsi commence notre histoire qui se poursuit en devenant celle d’une lignée et d’une nation, le Venezuela !

Ce texte est épique, homerien par moments.

Le raconter m’est impossible, alors je vais vous recommander de le lire et de l’aimer autant que moi, autant qu’il le mérite.

PS : la phrase en rose en bas de la vidéo est :

L’autodérision fait vivre et les livres changent le monde 🌍 ! 

Hotel Roma / PIERRE ADRIAN / Collection Blanche, Gallimard

Rentrée Littéraire 2024

J’avais déjà suivi l’auteur à la recherche du Pasolini perdu, et j’avais adoré me retrouver à Rome, ville qui m’a donné la vie, avec tant de paysages, de noms, de faits, de rêves, de déceptions qui m’étaient familliers.

Avec Pavese Pierre Adrien retrace avec la même acuité d’esprit l’itinéraire interrompu de Cesare Pavese. 

Ayant étudié en Italie, Pavese rentre en résonance avec mes souvenirs d’école tandis que Pasolini avec ceux de jeune étudiante qui voulait changer le monde.

C’est vrai pour moi aussi, Pavese a à voir avec mes trente ans comme pour Pierre Adrien, c’est à ce moment que je l’ai vraiment découvert, seule avec l’auteur, sans intermédiaires.

Chez Pavese tout est plus paisible, mais derrière la douceur des collines se cache la turbulence et les tourments qui n’ont jamais quitté l’écrivain italien.

Hotel Roma fait briller Turin à nouveau, cette capitale de la culture italienne et même Européenne de l’après-guerre, aujourd’hui à la periferie du monde, même si, même si elle est peut-être juste endormie.

Les voix des intellectuels et l’effacement progressif de Pavese se mêlent à l’histoire d’un couple Franco-italien qui se retrouve à mi-chemin. 

Ce texte est très séduisant, un livre intelligent, qui a quelque chose à raconter et à transmettre.

J’ai beaucoup aimé cette lecture passionnante et qui m’a fait tellement voyager dans les textes de Pavese.

Dans cette dense rentrée littéraire, ce livre est hautement conseillé. 

Pedro Almodóvar / Le Dernier Rêve / Flammarion

(chez votre libraire à partir du 28/08/2024)

First of all, j’aime Pedro Almodovar et son parcours.

Son style a marqué des vies et même ma propre vie, c’est dire à quel point son influence a été grande.

Lire son livre, était comme converser  avec quelqu’un que je connaissais depuis toujours et avec qui je parlais de la vie, de l’art, des passions.

Une anthologie légère mais pleine de clinquant, de personnalité et d’humour.

Mélange parfait de fiction, d’essais et de journalisme la lecture élargit l’image de Pedro Almodóvar en tant qu’artiste et humain.

Pour les fans d’Almodovar, c’est essentiel.

Pour les personnes intéressées par le processus créatif – génial.

Pour tous ceux qui sont un peu curieux, cet ouvrage devraient être une lecture agréable aussi.

Dernière recommandation : prendre le temps de lire à haute voix ; Il est fascinant de voir comment la voix distinctive que nous connaissons de ses films, espiègle et audacieuse, se reproduit dans l’écrit.

Badjens / Delphine Minoui / Seuil

 

Est-ce que l’écho du cri d’une prisonnière peut résonner pendant une lecture entière ? 

Ma nouvelle réponse, après Badjens est : Oui.

Ce livre parle pour toutes les femmes prisonnières d’un mode de pensée qui les invisibilise et qui voudrait, vraiment les oublier, silencieuses et conciliantes depuis la nuit des temps, obligées à mille et une ruses et mille contes pour sortir de la longue nuit qui les entoure.

Badjens, ce surnom, qui donne le titre du récit, est un journal intime oral avec tout un tas d’informations que nous connaissons déjà grâce à la presse, et pourtant quelle surprise de ressentir l’angoisse qui pèse sur cette jeune femme. Elle parle de sa vie et tout d’un coup l’article de journal se transforma en histoire intime d’une force remarquable.

La photo devient un portrait avec de plus en plus des détails. C’est une histoire des mentalités, un monologue profond et frais qui rend un bel hommage aux jeunes Iraniennes en prêtant la voix à une Iranienne de 16 ans qui escalade une benne à ordures, prête à brûler son foulard en public.

Bien écrit et rythmé, pas de repos avant la fin de ce texte court et puissant.

Maintenant le cri sourd de la femme enfermée se transforme en parole pour la liberté.

Pour toutes les Badjens, je vous conseille de découvrir ce roman d’initiation et de révolte.

Le portrait de mariage / Maggie O’Farrell / Éditions 1018

Maggie O’Farrell est une autrice passionnante qui sait jouer avec l’expectative de ses lectrices et lecteurs. Après avoir publié « Hamnet », sur le fils unique de William Shakespeare, ce récit raconte la vie de la fille de Cosme Ier de Médicis, grand-duc de Toscane. 

« Lucrezia » est née dans la légendaire famille italienne en 1545. L’une de ses sœurs était censée épouser Alphonse II d’Este, le futur duc de Ferrare, mais elle est décédée avant la cérémonie. Comme une édition Renaissance du « Bachelor », Lucrèce a pris sa place.

Aux yeux de la cour, elle n’a qu’un devoir : fournir l’héritier qui assurera l’avenir de la dynastie Ferraraise. D’ici là, malgré tout son rang et sa noblesse, l’avenir de la nouvelle duchesse est entièrement en jeu.

Lucrèce a un esprit libre et l’autrice dessine un portrait de femme forte, emprisonnée dans les conventions de son époque.

Le livre avance avec l’histoire du vrai portrait qui a figé l’image de la jeune duchesse.

L’autrice prend beaucoup de libertés avec l’histoire présumée réelle mais après tout c’est un roman sur fond historique.

Héroïne et époque passionnantes,  sont des sujets parfaits pour l’écriture descriptive de l’autrice qui fait ressortir toutes les odeurs, sensations, textures, couleurs, images du paysage et des personnes qui entourent les protagonistes, les détails sont  si saisissants que nous avons l’impression d’être là, témoins de la solitude et de la peur grandissante de cette jeune femme.

Audrey Diwan (L’Evénement, Emmanuelle) devrait adapter au cinéma ce roman si visuel.

Je vous conseille ce roman de l’autrice britannique.

DU VERRE ENTRE LES DOIGTS / ALIX LERASLE / Castor Astral (librairie le 22 août) 

Lieu de refuge par excellence, théâtre d’indicibles tragédies aussi, la Maison est parfois un personnage à part entière dans la littérature, attention je ne parle pas d’une simple maison hantée ou dans la prairie, trop facile, mais d’une présence, d’un protagoniste en plus qui fait vibrer les lecteurs.

Je pense à : La Chute de la maison Usher , Rebecca, Wuthering Heights

La maison indigène de Claro. Et tant d’autres récits et huis clos qui me sont venus à l’esprit en lisant Alix Lerasle dans sa longue poésie, lyrique dans le fond et dans la forme.

Née en 1998, Alix Lerasle, poétesse, a obtenu le prix de la Vocation pour son recueil Faut-il des murs pour faire une maison ?  Du verre entre les doigts est son premier roman.

Le roman se présente comme une poésie, mieux, des poésies qui nous racontent toutes une histoire, qui se dessine comme dans une mosaïque composée par des vers.

Le tableau qui apparaît après quelques pages porte le visage du chagrin, Il y a la Mère, il y avait un père et des Enfants qui souffrent, en avançant dans la lecture j’ai commencé à décoder les indices et les mots et décrypter les actes qui cachent ou montrent la douleur de toutes et de tous.

La narratrice nous parle d’elle et des autres, elle prête une voix silencieuse à Nati, le plus jeune enfant, le seul qui a un prénom tout de suite défini. C’est puisque il est unique dans sa différence cognitive, peut-être.

Il ne faut surtout pas que je vous dévoile davantage du fonctionnement de cette Maison blessée ou de la manière dont les « vers de ce roman» deviennent addictifs.

Cette romancière est une excellente poétesse.

Ses paroles fluides représentent des instants de vie qui forment un récit avec un charme fou et une rare, délicate-crudité d’expression.

Une lecture belle et attachante pour moi ! 

J’aime. J’aimerais déjà le relire.

Occasion à ne pas manquer :

La rencontre animée par Nicolas Herbeaux avec Alix Lerasle le 23 septembre 2024 à 19:00 à la Maison de la Poésie.

Jours de sang / Sue Rainsford / Aux forges de Vulcain

Sue Rainsford est une romancière et critique d’art irlandaise.
Son premier roman, Jusque dans la terre, très apprécié par la critique et publié en France par le même éditeur est un énorme coup de cœur, inclassable, un peu conte folklorique, un peu tragédie grecque, ce livre est inventif et surprenant.

L’attente pour Jours de sang fut pour moi immense !

Dans son nouveau texte l’autrice irlandaise propose une phénoménale dystopie qui sert à mieux rendre évidents les mécanismes qui règlent l’emprise et à faire émerger la domination par les idées reçues.

L’histoire est celle de Anna et Adam, deux jumeaux qui vivent dans un lieu abandonné dans un paysage instable où ils se préparent à la fin du monde qu’ils croient imminente. Adam veille le jour, Anna la nuit. Ils se réunissent à l’aube et au crépuscule, cela m’a fait penser aux scènes du film Ladyhawke pourtant dans une tout autre situation.
Les protagonistes sont seuls à l’exception de l’ancien chef de la commune, Koan
On se sent désolé et isolé, dans les décors dominés par le vide, il y a une sensation d’horreur folklorique, qui ne s’arrête jamais et les jumeaux ont été abandonnés aux croyances et à la peur de tout contact.
Même dans cette non-société, l’écrivaine sait créer une logique, l’histoire est captivante, si finement décrite que chaque décision prise a du sens, selon les données connues.

Maternité, abandon, pouvoir entre de mauvaises mains. Ce sont tous des thèmes clés qui se déploient dans un monde où quelque chose d’étrange arrive à la population.
C’est un mélange grisant.
Sue Rainsford revient à l’écriture avec un sujet de réalisme de l’imaginaire convaincant et dérangeant, elle utilise un langage brutal et éloquent à la fois, c’est de la Poésie pour moi.
Je ne pouvais pas détourner le regard des mots de l’histoire, des formules de l’intrigue.
Ce récit ne ressemblant à rien d’autre, peut être lu à plusieurs niveaux, car si ce n’est pas tout, beaucoup de choses sont symboles.
j’ai adoré ce livre !
Tellement viscéral ! Tellement énigmatique.

Je suis restée sans voix lorsque j’ai tourné la dernière page.

Je ne saurais trop recommander Jours de Sang, car je suis sûre que vous ne pouvez que l’aimer.