Edmund White : Un Hommage à une Légende de la Littérature

Une pensée à un écrivain que je j’aime.

C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès de l’écrivain américain Edmund White, une figure emblématique de la littérature gay, qui s’est éteint à l’âge de 85 ans dans sa résidence de New York. Il a laissé derrière lui un riche héritage littéraire, marqué par une exploration audacieuse et authentique de l’homosexualité, qui a façonné et inspiré de multiples générations de lecteurs et d’auteurs à travers le monde.

J’ai aimé lire ses livres et les voir aujourd’hui épuisés et indisponible en France renforce la tristesse du moment.

Attention ⚠️ l’œuvre de l’auteur à une portée universelle, ses splendides biographies de Genet, Proust ou Rimbaud sont brillantes.

Auteur de nombreux romans semi-autobiographiques, White a su aussi imposer le « roman homo » comme un incontournable de la littérature contemporaine. 

Nocturnes pour le roi de Naples est un récit pour moi incontournable. La dernière version est épuisée et était publiée chez L’Olivier.

J’ai également beaucoup aimé la très touchante La symphonie des adieux, Fanny et tant d’autres mais je les ai lus en anglais.

La biographie de Genet, permettez-moi un mot que vous lirez rarement ici, est un chef-d’œuvre de recherche et de belle écriture grâce à sa plume, délicate et à sa narration profondément humaine.

Depuis ses débuts, White a abordé des thèmes complexes avec une rare sensibilité, faisant de la quête d’identité et de reconnaissance le cœur battant de son œuvre.

Alors que nous pleurons la perte d’un grand écrivain, nous célébrons également l’homme qui a tant donné à son art et à sa communauté et au monde.

Edmund White laisse une empreinte indélébile dans les cœurs et les esprits.

Et si on pouvait lire ses livres en français en France ça serait une bonne chose.

Voyages aux pays nomades – Erik Orsenna et Bernard Matussière, Éditions Métailié : Un voyage au cœur des mondes mouvants

J’aime Erik Orsenna, le lire me passionne, m’apaise et m’enflamme, m’invite à repenser le monde.

Erik Orsenna et Bernard Matussière deux amis, le lien plus intéressant de tous, partent à la recherche du «réel»

Je suis parie aussi autour du monde mais pour chercher le «possible» et j’ai découvert le réel comme cas particulier des possibles.

Me voilà donc embarquée dans un voyage en mots en images.

Il est de ces ouvrages qui, dès les premières pages, transportent l’esprit au-delà des frontières du connu et de l’immobile. « Voyages aux pays nomades » est bien de ceux-là. Erik Orsenna et Bernard Matussière, deux insatiables curieux liés par une amitié nourrie au fil des voyages, font une promesse audacieuse : celle de rendre compte du réel dans toute sa complexité et sa beauté fragile.

Ce livre est une méditation sur le mouvement, sur ces terres et ces peuples que les cartes ne sauraient encadrer. De Cuba au Sahel, en passant par l’Inde et la Chine, chaque destination est une scène sur laquelle se joue le grand théâtre de l’humanité. Orsenna, à la plume alerte et poétique, et Matussière, à l’œil photographique acéré, composent ensemble une symphonie visuelle et littéraire qui titille notre imaginaire.

Le texte et l’image se répondent, se conjuguent pour offrir une vision kaléidoscopique du monde. Accompagné de multiples anecdotes, le lecteur y découvre les fragilités d’un collectif humain aussi divers qu’unifié par des aspirations communes. L’intention n’est pas de divertir, mais d’éveiller, là où la curiosité devient le plus beau des voyages, et la différence, un pont vers l’autre.

C’est avec la délicatesse d’un regard bienveillant et la précision d’un artisan que ces deux voyageurs nous livrent ici, non pas un simple carnet de route, mais un rappel poétique que, si le monde est en perpétuel mouvement, il n’en est pas moins notre maison.

Véritable exhortation à la rencontre, ce livre dévoile, page après page, la magie de ces territoires indomptés, nous rappelant que toute frontière franchie est une victoire sur l’immobilisme.

Ce soir je regarderai La Grande Librairie qui recevra parmi d’autres merveilleux narrateurs de notre temps, Erik Orsenna.

C’est à 21:05, comme chaque mercredi sur France 5.

Éloge du Tennis de Murielle Magellan : La Grâce de l’Échange – Éditions Rivages

Cette collection je l’aime.

Le volet Tennis m’intéresse personnellement, petite je ramassais des balles, j’ai adoré jouer et regarder des matchs me plaît beaucoup.

Dans « Éloge du Tennis », Murielle Magellan propose une symphonie littéraire où les raquettes deviennent une mélodie humaine, capturant l’essence viscérale de ce jeu séculaire. S’inspirant des plus grands noms ayant foulé les courts, de Federer à Navratilova, elle tisse une fresque où le sport devient un miroir de notre société, révélant les spectres des émotions tapies sous la surface apparemment lisse de ce rectangle de terre battue ou herbe.

Sous la plume sensuelle et enlevée de Murielle Magellan, le tennis dépassé la simple bataille d’agilité et de force ; il devient une danse délicate, un ballet exquis entre la détermination et la grâce. À travers ses pages, le lecteur est invité à une réflexion profonde, où chaque lob et smash renforce des questionnements sur l’évolution des normes, la place des femmes et l’incalculable impact de ces têtes d’affiche athlétiques sur notre culture collective.

Le texte foisonne de références savoureuses aux arts et au cinéma, prouvant que le tennis est une source d’inspiration inépuisable. Magellan, de par son écriture aussi précise qu’un coup droit sous les étoiles de Wimbledon, fait résonner l’idée que ce sport, loin d’être une simple compétition, offre une avenue vers la compréhension de soi et de l’autre.

J’ai appris énormément de choses.

Ce livre est un hymne vibrant où le sifflement des balles accompagne les réflexions aiguës de l’autrice, soulevant des vérités aussi poignantes que nécessaires.

La vérité sur Judith D., d’Anne Vantal chez Actes Sud Jeunesse

Une immersion dans une communauté énigmatique 

Dans La vérité sur Judith D., Anne Vantal tisse un  doux et troublant, une plongée au cœur d’une société secrète dont les contours mystérieux restent ancrés dans une réalité presque palpable. La narratrice, que l’on suit avec une curiosité mêlée d’émotions, retrouve la trace de Judith, une ancienne camarade. Leur rencontre dévoile bientôt la complexité d’un groupe soudé par une religion singulière, relayant avec sobriété la tension entre l’appartenance et la solitude.

Ce roman s’inscrit dans une approche sensible, où l’amitié entre deux femmes devient le fil conducteur d’un récit qui explore la fragilité des liens sociaux et individuels. La communauté, cloîtrée dans ses traditions centenaires, fonctionne comme un personnage à part entière, fidèle à sa logique interne, et dépeinte avec sobriété et respect.

Anne Vantal parvient à instaurer une atmosphère très intime et voilée de mystère, où chaque détail, chaque geste, reflète la complexité des croyances et des héritages culturels. La tension naît autant de la fascination que de l’interrogation sur cet univers clos, où l’amour, la confiance et la vérité se cherchent au fil des pages.

Ce livre interroge aussi sur la capacité à comprendre l’autre, dans toute sa différence. La narration laisse cette possibilité ouverte, offrant une lecture qui questionne notre rapport à la foi, à la tradition, et à l’amitié dans ce qu’elle a de plus fragile et précieux.

La vérité sur Judith D. est un récit sincère, porté par une plume d’une délicate vivacité, qui évoque avec finesse les enjeux de mémoire, d’héritage et de quête identitaire. Un roman qui nous invite à la réflexion sur la tolérance et l’empathie.

J’ai aimé ce livre que je conseille également aux adultes.

Coup de cœur ❤️ pour moi.

Rue Daguerre racontée par Élodie LLorca.

Je vous propose d’écouter ma conversation avec l’éclectique et brillante Élodie LLorca à propos de son nouveau livre.

La version intégrale est sur mon blog (lien en bio).

Rue Daguerre, Rivages : Une traversée intimiste au cœur des non-dits

Dans « Rue Daguerre » publié par Rivages, l’auteur tisse avec finesse un drame psychologique aux résonances intimistes et poignantes. Sarah, l’héroïne, nous entraîne dans les méandres de sa crise existentielle, où chaque instant du quotidien devient une facette à questionner. À travers une plume incisive et élégante, l’auteur plonge dans l’analyse des mondanités qui constituent nos vies apparentes mais encline à l’introspection la plus déchirante.

Sarah, casteuse par ennui dans le vaste monde médiatique, esquisse le portrait d’une vie partagée entre une carrière dévitalisée et des relations affectives vacillantes. L’arrivée clandestine de Justine, l’amour de jeunesse de son mari, agit tel un catalyseur, révélant les failles que Sarah avait soigneusement enfouies. On navigue entre les doutes et les certitudes chancelantes dans un équilibre précaire, s’interrogeant sur la nature même des liens familiaux et amoureux. L’auteur parvient ici à saisir l’essence de notre humanité, dans toute sa complexité et sa vulnérabilité.

La narration déroule un savant jeu de miroirs où chaque personnage devient le reflet de ses propres contradictions. La rue Daguerre, à la fois lieu de calme apparent et de tempêtes secrètes, symbolise à merveille la dualité de l’existence explorée dans ce roman.

Avec une empathie délicate et une acuité rare, le texte nous convie à une réflexion sur les choix de vie et les désirs tus, tels un écho à nos propres interrogations intimes. C’est sans doute là la marque d’un grand texte littéraire : celui qui, en sondant le particulier, touche à l’universel.

À travers cette œuvre, s’épanouit une réflexion fine sur la liberté, les attentes sociétales et le désir d’épanouissement personnel, qui fera résonner en chacun de nous une part de vérité.

Odile lave le linge des autres

Une histoire simple, un courage inaudible

Sur scène, une seule voix, mais mille émotions. Un récit vitrine de résilience, où chaque geste, chaque mot, résonne comme une dimension intime et universelle. La sobriété du jeu contraste avec la richesse des silences, dévoilant la force discrète d’une femme dans l’ombre des luttes collectives. Une pièce qui scelle avec finesse le lien entre passé et présent, entre mémoire et silence. La tendresse qui s’en dégage appelle à l’écoute, à la reconnaissance. Un hommage délicat à ce qui ne se dit pas mais se ressent profondément.

  

La Hchouma / Dounia Hadni / Un souffle de liberté / Albin Michel

Dounia Hadni signe avec « La Hchouma » un premier roman d’une intensité rare, un récit chargé d’émotions et de vérités. Au cœur de cette histoire, Sylia, cette jeune femme marocaine qui vit à Paris, devient le reflet d’un combat universel : celui pour parvenir à s’affranchir des carcans culturels et familiaux, sans renier ses racines.  

L’écriture de Hadni mêle finesse et violence, comme une caresse qui dévoile aussi la douleur, une voix qui tremble mais ne se tait pas. Elle décortique avec acuité ces injonctions contradictoires, ces attentes oppressantes qui peuvent devenir autant d’obstacles à la liberté personnelle. Son style percutant, fait vibrer pensées et silences qui en disent long…

Ce roman est à la fois, une quête individuelle et un manifeste pour toutes celles et ceux qui refusent de se résigner, qui trouvent dans leurs contradictions une force insoupçonnée. La Hchouma n’est pas une histoire isolée, c’est une déclaration d’indépendance, un appel à devenir soi, pleinement.  

Une lecture intense, qui nous rappelle que la vraie liberté commence quand on ose regarder en face ses propres ombres pour mieux s’en libérer.  

#bookstagram #LaHchouma #DouniaHadni #Liberté #Identité #Courage #LittératureContemporaine

Graine de putain – Patrick Cargnelutti, Editions Du Caiman : Une traversée au cœur des silences familiaux

Dans « Graine de putain, » Patrick Cargnelutti nous convie à une fresque familiale où le silence murmure autant que les paroles. L’auteur, tel un orfèvre, sculpte avec une précision dérangeante les contours de trois générations de femmes résistant au destin dans une petite ville marquée par la violence de l’Histoire. Dans cette œuvre, chaque protagoniste est un chœur tragique, résonnant des plaintes inavouées, des amours avortées et des espoirs en suspens.

Sidonie, Rose, et Eugénie – trois voix singulières endossant les traditionnelles luttes féminines. Chacune à sa manière, elles percent le voile de l’omerta familiale. Cargnelutti nous entraîne dans l’âme épineuse de Sidonie, la bigote, dont chaque prière semble autant un cri d’amour qu’une incantation pour éloigner la rédemption. Rose, la fille, victime de la fatalité, jongle entre l’ombre et la lumière ; elle est ce personnage que l’on aimerait tant relever comme Pygmalion, mais que l’on regarde, impuissant, sombrer dans la torpeur décidée par sa condition. Et Eugénie, l’enfant au regard impair, cette héroïne que l’on suit, tendue, espérant qu’elle renverse l’ordre établi, devient la lumière au bout de ce tunnel narratif.

Cargnelutti, avec une prose sensible et des descriptions qui éclatent comme des fragments de verre sous la lumière, nous embroche d’un subtil couteau. Ses personnages ne sont jamais lisses ; ils sont les ombres de notre humanité contrariée, les reflets de nos propres doutes et des chaînes que, parfois, l’on s’impose ou l’on subit. Chaque chapitre est une petite déflagration dans l’ordre établi, une remise en question des valeurs ancestrales, rythmée par la musicalité descriptive chère à l’auteur.

Les mots, pesés comme une sentence, sont précis et distillés, dévoilant avec pudeur les non-dits, les complicités silencieuses, et les infimes libertés arrachées à une destinée implacable. En refermant ce livre, il est difficile de ne pas rester habité par ces voix désormais muettes mais résonnantes, ces femmes dont la lutte ancre une marque indélébile dans nos esprits, comme une terre brûlée qui appelle à renaître.

Ce roman est une invitation à écouter les silences avec autant d’attention que les cris. Il en ressort une méditation sur les blessures transmises et l’espoir des générations nouvelles de s’en affranchir.

Je punirai le monde de Jennifer Kerner / Éditions Zone Critique, Collection Vrilles

Cette collection est riche de talent et de talents.

Jennifer Kerner après avoir lu ses essais et son brillant roman Le tissu de crin est une autrice à suivre pour son talent et sa délicatesse incisive.

Ce livre, est un objet précieux mais dangereux. Jennifer Kerner, avec cette maîtrise de la petite forme puissante (56 pages seulement), nous offre une plongée vertigineuse dans le creux de notre âme moderne. La narration s’avance comme une braise, émettant une chaleur sourde, un frisson d’alerte.  

L’histoire de Camille, entre surface parfaite et fissures invisibles, devient le prisme de nos propres illusions. On la voit s’enfoncer dans cette spirale de la spiritualité new age, un peu comme pour apaiser une douleur qu’on ne veut pas nommer. La magie de l’autrice , c’est qu’elle ne juge pas ; elle observe, elle dépeint. Elle façonne un récit qui, à la fois, vous distrait et vous serre la gorge, car il évoque l’intime difficulté de se libérer de nos propres constructions.  

Le style est précis, incisif, à la façon d’un bon coup de pinceau : il suffit d’un trait pour révéler un chaos, pour faire vaciller la façade lisse de nos vies connectées. La tension psychologique devient palpable, la critique de nos croyances modernes aussi. Et cette question, persistante : dans cette quête de bonheur, que sommes-nous réellement prêts à sacrifier ?  

Un coup de cœur pour cette écriture qui semble tout dire en peu de mots, comme une évidence qui se dévoile sans fard. Jennifer Kerner, par sa finesse, nous pousse à regarder derrière nos écrans, dans cette petite obscurité qu’on préfère ignorer. Elle nous rappelle que, sous la surface brillante, tout peut s’effondrer.  

Ce roman si intense est une sorte de cri silencieux, un murmure qui vous hantera longtemps après la dernière page. La vérité est peut-être là, dans cet instant suspendu : punir le monde, c’est peut-être d’abord se punir soi-même, en refusant de se voir pour ce qu’on est vraiment.  

Cette archéologue-autrice est décidément une excellente écrivaine !

L’Atelier des poussières – Marianne Alphant – P.O.L

Marianne Alphant était aujourd’hui au Book Club de France Culture où j’ai parlé de mes souvenirs liés à la lecture de son ouvrage, que vous pouvez écouter.

Le Book Club présenté par Marie Richeux est à suivre tous les jours de 15h00 à 16h00 ou en podcast.

Je vous en dis plus sur  : 

L’Atelier des poussières – Marianne Alphant – P.O.L

Dans « L’Atelier des poussières », Marianne Alphant explore avec brio la thématique de la poussière, insufflant à ce sujet négligé une richesse insoupçonnée. Paru chez P.O.L, l’ouvrage se distingue par sa capacité à élever un élément trivial du quotidien en un objet d’analyse philosophique et poétique. Alphant démontre, avec une rare finesse, que la poussière est bien plus qu’une simple nuisance domestique : elle est le reflet de notre existence périssable.

Son livre nous propulse dans un voyage intriguant, où chaque particule devient le symbole de nos vanités, de nos mémoires accumulées et de notre condition mortelle. Alphant s’appuie sur des références culturelles et scientifiques pour faire émerger une réflexion empreinte de profondeur et d’humour subtil. Elle décrit la poussière comme une présence constante et presque métaphysique, se glissant à travers le temps et les espaces, aussi insaisissable que nos souvenirs.

En lisant « L’Atelier des poussières », nous apprenons à voir au-delà du visible, à contempler la complexité enfouie dans les plis de notre quotidien. La prose délicate de l’auteur invite à une méditation sur le passage du temps et sur notre relation au monde matériel. Marianne Alphant réussit à capturer l’essence de ce qui nous échappe, nous livrant un texte magistral, stimulant à la fois pour l’esprit et l’imaginaire.

Un livre à la fois érudit et accessible, qui saura séduire les esprits curieux en quête de nouvelles perspectives sur les éléments apparemment insignifiants de notre vie.