Le nouveau Quarto que Gallimard consacre à Italo Calvino : Récits

Édouard Leroy et moi allons vous raconter le nouveau Quarto que Gallimard consacre à Italo Calvino qui réunit sous le simple titre Récits un demi-siècle d’écriture, de 1943 à 1985. C’est un livre-monde, on y retrouve la trajectoire d’un homme qui, toute sa vie, aura cherché une manière de dire la vérité sans jamais renoncer à la magie.

Il y a dans ces pages la pulsation du réel – la guerre, l’Italie, la reconstruction – mais toujours filtrée par l’invention. Calvino ne s’évade jamais pour fuir : il s’évade pour comprendre. Sa prose, légère en apparence, se révèle architecture précise, charpente d’idées, mathématique sensible. Ses personnages évoluent dans un monde où la frontière entre le possible et l’imaginaire est sans cesse redessinée, comme si la littérature devenait un laboratoire délicat où tester la liberté.

Ce Quarto déploie toute la palette de Calvino : les contes presque naturalistes de ses débuts, les récits qui frôlent la fable philosophique, les expérimentations narratives des années soixante, puis ces textes tardifs où la sobriété devient un art du dépouillement. On y lit un écrivain qui refuse le confort, qui questionne la forme, qui transforme chaque histoire en une variation sur la façon dont nous percevons le monde.

Lire Calvino aujourd’hui, c’est se souvenir que la fiction peut être une manière de tenir debout : une façon de regarder le réel avec un pas de côté, et de trouver dans ce déplacement l’espace nécessaire pour penser plus large, plus juste, plus libre.

Merci Aude Cirier pour ce merveilleux travail éditorial.

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Le livre des vies – Mémoires écarlates / Margaret Atwood / Robert Laffont

Margaret Atwood, cette silhouette malicieuse qui regarde toujours le monde comme s’il venait de commettre un acte qu’il faudrait décoder. Cette femme, pour moi, c’est plus qu’une autrice majeure : c’est une présence, presque une boussole. Ses livres m’accompagnent, me déroutent, me rappellent que la littérature n’a jamais été un simple miroir mais une machine à remuer le réel. Alors, face à Le Livre des vies. Mémoires écarlates, j’ai voulu vous dire ce qu’elle représente pour moi.

En la lisant, j’ai souvent l’impression que son œuvre éclaire des zones d’ombre que beaucoup préféreraient ignorer. Ma mère disait que elle était une « prophétesse auto-réalisatrice » (plus ou moins, elle le disait en italien) 

Alors je vous invite à lire son livre, ses livres et à la regarder participer ce soir au beau plateau de La Grande Librairie.

Entretien avec Gianrico Carofiglio / Eloge de l’erreur et de l’ignorance / Rivages

J’ai interviewé Gianrico Carofiglio, écrivain, essayiste et homme engagé.

Une bonne partie de ma famille et de mes amis italiens attendent ses polars et essais avec impatience.

Gianrico Carofiglio poursuit son chemin d’homme de parole et de doute avec Éloge de l’erreur et de l’ignorance. On y retrouve son sens de la clarté, cette façon d’ouvrir des fenêtres plutôt que d’ériger des murs. L’ancien magistrat s’intéresse ici à ce que nous fuyons tous : nos failles, nos béances, nos angles morts. Il en fait non pas des défauts, mais des territoires à explorer.

L’auteur rappelle que se tromper n’est jamais une catastrophe, seulement une étape. Que l’erreur nous oblige à ralentir, à regarder autrement, à grandir un peu. Que notre ignorance – immense, inévitable, parfois désarmante – n’est pas un aveu de faiblesse mais un moteur. Elle nous invite à rester curieux, disponibles, prêts à être étonnés encore, et à nouveau.

Dans la traduction limpide de Vincent Raynaud, ce court essai devient une promenade dans l’art de penser sans arrogance, d’accueillir la complexité avec douceur.

C’est un livre qui recentre, qui apaise, qui encourage ouvrir grand l’esprit. Une invitation à redevenir attentif aux merveilles, même minuscules, qui bordent nos vies.

We dit It again ! Edouard Leroy ( @endudlettres sur Instagram ) et moi avons décidé de poursuivre nos discussions littéraires, aujourd’hui nous vous racontons notre Pasolini.

We dit It again ! 

Edouard Leroy ( @endudlettres sur Instagram )

et moi avons décidé de poursuivre nos discussions littéraires, aujourd’hui nous vous racontons notre Pasolini.

À 50 ans de son assassinat Pasolini reste cette voix indocile qui traverse nos imaginaires. 

Poète avant tout, cinéaste, romancier, journaliste par combat, critique littéraire inimitable il a scruté les failles de son époque avec la précision de quelqu’un qui écoute les craquements d’un monde prêt à se fendre.

Ses films ont bousculé les certitudes, ses romans ont révélé les marges, et ses prises de position ont fait de lui une conscience inconfortable, lumineuse, indispensable. 

Cinquante ans après sa mort, son regard continue de nous obliger à penser autrement, à interroger nos angles morts, à ne jamais renoncer à l’idée d’une vérité.

Sa mort, sur cette plage d’Ostie dans la nuit entre le 1er et le 2 novembre 1975, reste l’une des énigmes les plus sombres de l’Italie contemporaine. On a parlé d’un crime isolé, d’un guet-apens, d’un message politique. Rien n’a jamais vraiment tenu, sinon l’intuition troublante qu’on a voulu faire taire une voix trop libre, trop lucide, trop dérangeante. Ce silence imposé a résonné comme un séisme dans la culture italienne, et continue aujourd’hui encore d’habiter chaque lecture, chaque vision de son œuvre.

J’ai rencontré au Zimmer à Paris la merveilleuse Keren Ann en exclusivité pour French Press.

Autrice, compositrice, chanteuse, productrice et musicienne, Keren Ann façonne ses chansons comme on sculpte une émotion. Chaque mot, chaque note, semble pesé, retenu, presque secret.

Son univers est un dialogue constant entre la musique et les mots. 

Les mots nourrissent ses mélodies, les silences prolongent ses phrases. Chez elle, la poésie n’est pas un ornement : c’est une manière d’être au monde, d’en saisir la fragilité et la beauté dans un même souffle.

Keren Ann est aussi une grande passionnée de littérature, nous avons parlé de cet amour, de ses inspirations, du temps qui passe, des désirs pour l’avenir et de ses projets.

Je vous conseille de découvrir l’œuvre de cette artiste et vous immerger dans son dernier album Paris Amour qui est poétique et intense comme sa compositrice.

Je vais vous parler en 5 minutes de 2 livres d’Alia Trabucco Zerán.

Cette autrice me passionne, je dois la découverte de Propre à Faïza qui a aussi parlé d’Assassines avec moi et les autres au book club #bookemissaires.

Merci à elle et aussi à son éditeur Robert Laffont que je prie d’écouter ma critique en entier car à la fin j’ai un « Message in a Bottle » à délivrer.

Merci aussi à la superbe traductrice Anne Plantagenet

Bonne écoute !

Assassines.

Des femmes qu’on a trop longtemps tues. Une langue qui tranche, un regard qui brûle. C’est violent, nécessaire, magnifique.

#bookstagram #lecture #féminisme #Chili

Propre.

Un roman qui gratte sous la peau.

L’autrice fouille la honte, la saleté, la mémoire. C’est cru, intime, bouleversant.

#bookstagram #littérature #coupdecoeur #augustintrapenardstyle

Renard 8 – George Saunders – Chelsea CARDINAL illustratrice – Actes Sud

Comme Twain, George Saunders manie la satire avec une tendresse féroce. Tous deux racontent l’Amérique depuis ses marges : l’un avec des enfants qui fuient le monde des adultes, l’autre avec un renard qui tente d’y survivre. Chez Twain comme chez Saunders, l’humour devient une arme douce, la naïveté un masque pour la lucidité. Le Mississippi a changé de décor, mais le fleuve de la bêtise humaine coule toujours.

Un renard qui apprend à parler “Umin”, la langue des humains, juste en les écoutant lire des histoires derrière une fenêtre. C’est de là que tout part : d’un geste d’écoute, d’un émerveillement. Renard 8, lui, ne veut pas chasser, il veut comprendre. Il découvre le pouvoir des mots, la beauté du récit, pendant que les hommes, eux, détruisent sa forêt pour y bâtir un centre commercial. La fable est simple, presque enfantine. Mais derrière la voix maladroite de ce renard, se cache toute la tendresse et toute la cruauté du monde.

George Saunders écrit comme on console : avec une douceur qui déchire. Son texte, minuscule et immense à la fois, dit l’injustice du progrès, la solitude du vivant, la grâce des mots qu’on balbutie quand tout s’effondre. On rit parfois, on s’émeut souvent, on se demande surtout comment un animal fictif peut sembler plus humain que nous.

Chelsea CARDINAL illustre cette histoire à merveille.

On sort de ces 64 pages un peu étourdi, un peu honteux, mais le cœur plus clair. Parce qu’à force d’écouter un renard parler, on finit peut-être par redevenir humain.

Première sélection 2025 du Prix Hors Concours : La petite annonce – Les éditions Lilys

Bonjour Caroline Allan, Comment habillez-vous vos personnages ?

LE LIVRE

Henri Devilliers, octogénaire paisible et bruxellois, oscille entre la douce torpeur d’une routine télévisuelle et l’écho discret des visites de son fils, Jean. Lorsque ce dernier projette de l’exiler en maison de retraite, Henri se dresse, prêt à défier le tumulte pour préserver sa liberté.

L’AUTEUR

Diplômée en philologie romane, Caroline Allan est enseignante à Bruxelles. Elle s’intéresse à de nombreux sujets de société, notamment la place accordée aux aînés dans le monde actuel, thématique sérieuse traitée à travers le prisme de l’humour. La Petite annonce est son premier roman pour adultes.

LA MAISON D’ÉDITION

Depuis 2014, les éditions Lilys ouvrent des espaces littéraires où se déploient la créativité, l’engagement, avec un regard porté sur les enjeux socioculturels. Elles publient des ouvrages francophones ancrés dans la réalité, en Belgique et à l’étranger, et bousculent les frontières de la lecture.

Désirer la violence / Chloé Thibaud / Les Insolentes / Ce que nos fictions déposent en nous

Je repense souvent à ces images qui m’ont façonné. 

À un passé où « c’était permis »

Une main qui saisit une autre, un regard qui insiste trop longtemps, un corps féminin qui cède parce que c’est comme ça . 

On appelait ça aussi l’amour. 

On appelait ça la passion.

Et puis on a fini par comprendre.

Chloé Thibaud ne dénonce pas. Elle observe. Elle décortique ces récits qui nous ont fait grandir, ces films, ces séries, ces chansons qui, sans qu’on s’en rende compte, ont cousu leurs scénarios à notre quotidien. Elle montre comment la fiction, par ses gestes, par ses silences, façonne nos désirs, nos attentes, nos tolérances. Comment elle nous a appris, subtilement, à trouver séduisant ce qui nous abîme.

C’est un livre d’analyse, oui, mais c’est surtout un livre de regard. Un regard qui vacille parfois, tant il touche à ce que nous avons de plus intime. Parce qu’il n’y a pas de distance entre nos écrans et nos vies : la culture pop ne nous divertit pas, elle nous éduque. Elle infiltre nos façons d’aimer, de nous taire, de pardonner.

Lire ce livre, c’est accepter de rouvrir ses cicatrices culturelles. De comprendre que le plaisir n’excuse pas tout et que nos émotions les plus sincères peuvent aussi être le fruit d’un conditionnement. C’est un texte courageux, d’une intelligence calme, porté par une écriture précise, pudique, presque amoureuse de ce qu’elle interroge.

Un livre et aussi une déclaration d’amour à la lucidité. Une invitation à désirer autrement.

Je l’ai refermé avec cette sensation étrange d’avoir perdu quelques illusions, mais gagné en lucidité. Celle que nos récits ne sont jamais neutres. Qu’ils sont politiques, profondément. Et que choisir ce que l’on regarde, c’est déjà une façon de résister.

Leonor Fini / Laurence Benaïm / Gallimard

Edouard Leroy ( @endudlettres sur Instagram ) et moi, nous sommes rencontrés grâce à French Press et pour ce media, nous vous racontons l’amour pour un livre et une artiste.

Leonor Fini : Une femme qui peignait sa liberté..

Laurence Benaïm ne signe pas une simple biographie : elle fait revivre une femme qui refusait les cases, les dogmes, les maîtres. Leonor Fini, la surréaliste indocile, la magicienne des métamorphoses, surgit ici comme une héroïne d’opéra, mi-chat, mi-déesse, toujours souveraine.

Laurence Benaïm, plume précise et sensuelle, vient de la mode et du monde : elle sait décrire un pli de tissu comme un éclat d’âme. Sous sa main, chaque tableau devient miroir, chaque anecdote un bijou, chaque silence un cri d’indépendance. On entend le bruissement des fêtes, le parfum des ateliers, la rage douce d’une femme qui, bien avant les autres, choisit de s’inventer elle-même.

Ce livre est un hommage vibrant, un acte d’amour, un manifeste de beauté. On le referme ébloui, persuadé qu’il existe encore des artistes qui ne vieillissent jamais – parce qu’elles ont peint la liberté.