Noah Truong au Zimmer pour parler de ses livres Manuel pour changer de corps, chez Cambourakis, et Et pourtant, chez Paulette éditrice.

Lettre T pour ce mois des fiertés, plus que jamais à défendre.

J’ai rencontré Noah Truong au Zimmer pour parler de ses livres Manuel pour changer de corps, publié chez Cambourakis, et Et pourtant, publié chez Paulette éditrice.

Noah Truong écrit avec une poésie et une force qui ne peuvent pas laisser indifférent·es. Une langue vive, fragile, drôle parfois, politique toujours, qui approche le corps loin des évidences, comme une énigme à habiter.

Comment comprendre un changement qui est déjà là, mais ne se voit pas encore ? Comment être reconnu·e, et surtout comment se reconnaître soi-même ? Ces questions traversent les deux textes, singuliers et pourtant universels.

Dans Manuel pour changer de corps, premier recueil de poèmes de Noah Truong, la transition devient une traversée de la langue autant qu’une traversée du corps. Le texte parle de souvenirs recomposés, d’enfance trans, de solitude, de masculinités réinventées, de féminismes, d’injonctions déposées sur les corps minoritaires. Mais jamais la douleur ne se fige. Elle bouge, elle cherche, elle invente des formes nouvelles pour dire ce qui manque encore aux mots.

Avec Et pourtant, Noah Truong poursuit autrement cette exploration. Le texte joue avec les codes, les gestes, les images du masculin et du féminin, jusqu’à faire vaciller ce que l’on croit savoir. Un immense « et pourtant » ouvre un espace de trouble, de liberté, de respiration. L’identité n’y est pas une case à remplir, mais une question tenue ouverte, une manière de regarder autrement les corps, les récits, les apparences.

Ces deux livres se répondent sans se répéter. L’un avance dans la matière intime du corps, l’autre dans l’espace mouvant du regard. Ensemble, ils disent ce que la littérature peut encore faire : rendre visible ce qui a trop longtemps été tenu hors champ, donner une forme à ce qui tremble, offrir des mots à celles et ceux qui n’en avaient pas toujours reçu.

Deux livres nécessaires, parce qu’ils rappellent qu’un corps n’est jamais une vérité figée, mais une histoire en train de s’écrire.

Et que, pourtant, au cœur de tous les changements, une chose demeure : le besoin d’être pleinement reconnu·e.

Bonne lecture.

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