Certaines fièvres échappent au mercure – Mathilde Forget – L’Iconoclaste

J’ai rencontré Mathilde Forget pour son livre Certaines fièvres échappent au mercure, publié chez L’Iconoclaste.

En ce mois des Fiertés, j’avais envie de commencer par la lettre L de l’acronyme, avec un roman qui parle d’amour entre femmes, mais aussi de perte, d’attachement, de mémoire, et de ces peurs intimes qui finissent toujours par rejoindre l’universel.

Mathilde Forget écrit l’amour comme une secousse intérieure. Une fièvre, oui, mais une fièvre indocile, impossible à prendre, impossible à contenir. Édith porte en elle une blessure ancienne, une inquiétude devenue presque une manière d’être au monde. Puis, dans un train de banlieue, une jeune femme aux cheveux bouclés apparaît, et tout se déplace. Le désir surgit, la joie aussi, mais avec eux cette angoisse de voir disparaître celle que l’on commence à aimer.

Le roman suit cette rencontre amoureuse comme on suivrait une montée de lumière, mais une lumière traversée d’ombres. Car aimer, pour Édith, ce n’est jamais seulement s’abandonner. C’est aussi sentir remonter les terreurs de l’enfance, les souvenirs qui frappent sans prévenir, les images de perte, les scénarios de catastrophe que l’esprit invente malgré lui.

Mathilde Forget compose un texte bref et dense, où la mémoire circule par fragments. L’enfance, le deuil, la honte, la découverte du désir pour les filles, la peur de l’abandon : tout se répond dans une écriture nerveuse, sensuelle, parfois presque électrique. Rien n’est appuyé, rien n’est expliqué trop sagement. La phrase laisse affleurer ce qui brûle.

Ce roman dit très justement que l’amour ne guérit pas comme par magie. Il expose, il révèle, il ouvre les failles. Mais il peut aussi offrir une autre manière d’habiter sa propre histoire.

Certaines fièvres échappent au mercure est un livre vibrant, intime, queer, traversé par une grâce inquiète. Mathilde Forget y transforme la blessure en langue, et la langue en lieu possible de survie.

Auteur/autrice

  • Cristina Soler

    Fondatrice et directrice du média, critique littéraire et journaliste culturelle pour la presse européenne. Elle conduit depuis plusieurs années un travail d’analyse, de médiation et de transmission autour des livres et de la création contemporaine. Elle est également productrice et corédactrice de l’émission web Fragments.

    SciencesPo, formation continue à l’ENA en communication et mécénat culturel. Ancienne élue locale et responsable politique, en Italie puis en France. Elle a longtemps cru qu’elle changerait le monde par la politique. C’est le monde politique qui a changé.

    Lire, transmettre, conseiller, proposer ce qu’elle aime : c’est ainsi qu’elle agit.

    Elle espère intéresser, faire réfléchir, donner envie d’être libres. Libres d’aimer Pratchett, Proust, Kant et les comics. D’aimer le grec ancien et la langue des Ents, le klingon ou, comme elle, le chant grégorien.

    Elle parle aussi de cinéma, de théâtre, de loisirs, de jeux. De tout ce qui traverse sa vie et de ce qu’elle peut faire aujourd’hui.

    Le livre de sa vie est Wuthering Heights.

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