
Comment écrire au cœur de l’horreur ?
L’autrice ukrainienne Yaryna Chornoyuz pose son arme puis elle pose ses mots dans l’urgence du front.
Ses mots racontent l’imprévisibilité des balles, les disparitions soudaines des soldats et la nature disparue.
L’autrice utilise régulièrement le « si » dans ce recueil de poèmes, comme une porte de sortie.
« Si nous restons en vie ». Ce mot transforme le champ de bataille en champ des possibles. Alors, la liberté peut surgir dans le chaos, la nature se réinventer, les projets fleurir dans les ruines. Des éclats de chair surgissent sur le front mais grâce à la puissance des mots, il y a aussi des éclats de vie.
Ce recueil m’a transmis cette nécessité d’écrire quand la souffrance est trop grande. Écrire, comme un acte vital.
Extrait :
« Si nous restons en vie
j’essaierai pour la première fois
de planter une tige dans un champ
épargné par les mines
planter avec mes mains d’habitante des villes
qui n’a vu
ce que cache l’asphalte
Si nous restons en vie
nous habiterons la terre
où chaque respiration donnée
nous ramène à tout ce qui a été éprouvé
invisible et violent »