
Genevoise, Carla Demierre nous raconte, de manière romanesque, l’enquête qui fut menée en 1900 sur l’une de ses compatriotes, la médium et spirite Hélène Smith, par Sybil Brown, au nom de la Société américaine pour la recherche psychique.
Hélène Smith (1861–1929), de son véritable nom Élise Müller, est inconnue en Europe en dehors des limites du Canton de Genève, mais elle subit une certaine célébrité outre-Atlantique dans les milieux spirites à la suite d’une étude publiée par le psychologue Théodore Flournoy (1854-1920).
Dans cette étude, intitulée Des Indes à la Planète Mars1, Théodore Flournoy a relaté des épisodes de somnambulisme d’Hélène Smith, durant lesquels elle narrait des souvenirs de vie antérieure et des communications avec des célébrités défuntes, connues pour leur pratique du spiritisme, ainsi qu’avec un peuple vivant sur la planète mars. Sujette à la glossolalie (expression orale dans une langue inventée), Hélène Smith pratiquait également l’écriture automatique en français et dans l’alphabet « martien ». Par la suite, elle pratiqua la peinture sous « transe hypnotique », laissant une œuvre étrange et fascinante.

Entre documents authentiques, gestes et dialogues imaginaires, Carla Demierre nous fait découvrir cette étrange aventure survenue à une femme qui ne s’attendait pas à devenir un sujet de discorde dans le petit monde des sociétés spirites et psychiques, à une époque où, même dans les milieux les plus modestes, il était courant de consulter des voyantes et de faire tourner les guéridons pour se distraire en famille, même dans la très sérieuse ville de Genève enveloppée dans sa rigueur calviniste.
Pierre Le Bihan
1 Théodore Flournoy, Des Indes à la Planète Mars : étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, coédition F. Alcan, Paris, et Ch. Eggimann & Cie, Genève, 1900 ; consultable sur https://archive.org/details/desindeslaplan00flou/page/n9/mode/2up