
Icône et pionnière des nuits parisiennes, Marie-Pierre Vancallement, dite Fétiche, raconte dans Fétiche par Fétiche une vie semblant parfois appartenir à un autre temps. Elle est née Serge en 1935 à Wattrelos, dans le Nord de la France. Elle grandit dans une famille marquée par la violence d’un père qui n’accepte ni ses manières, ni la personnalité de son fils. Derrière l’image de ce géniteur séduisant et apprécié de tous se cache un homme violent. À sa mort, en 1949, c’est un soulagement pour Serge et sa mère, car une autre vie peut commencer.
Depuis l’enfance, Serge est attiré par la chanson. À dix-sept ans, il intègre une troupe et un cabaret à Roubaix. Du jour au lendemain, il quitte son Nord natal pour Paris, au tournant des années 1950. Il découvre les cabarets, rencontre Bambi (°1935) et Coccinelle (1931-2006), grâce à qui elle va se produire au cabaret chez Madame Arthur, avant de rejoindre le Carrousel. Serge devient peu à peu Fétiche.
Belle, convoitée et admirée le soir, la journée, son quotidien est lié aux interdictions, aux humiliations et aux regards d’une société qui refuse d’accorder la même liberté qu’aux autres. Être une femme trans dans les années 1950 – 1980 signifie vivre avec la peur d’être arrêtée, rejetée ou exclue. Avec Coccinelle, Bambi, Capucine, et toutes les autres, Fétiche compte parmi les premières femmes trans à prendre des hormones à une époque où les effets sur le corps sont peu connus. Elle côtoie artistes, hommes fortunés, ministres. Fétiche devient l’une des premières femmes trans à défiler pour le couturier Jacques Esterel.

Cette liberté conquise sur scène est fragile. Derrière les paillettes, les lumières et les applaudissements se cachent les contrôles policiers et les interdictions qui rythment la vie des personnes trans. Fétiche raconte un paradoxe assez saisissant, car elle est adulée sur scène, désirée dans les nuits parisiennes, mais, dès qu’elle sort du cadre du spectacle, n’est plus libre d’exister au grand jour. À cette époque, une loi d’époque napoléonienne pénalisait le fait de vivre ouvertement selon son genre. Elle est abolie en 1982, en même temps que la dépénalisation de l’homosexualité sous la présidence de François Mitterrand.
Fétiche par Fétiche est à la fois une autobiographie et une mémoire d’un monde qui a en partie disparu et dont certaines traces demeurent. Ce livre ne raconte pas uniquement une carrière ou un recueil de souvenirs. Il est une mémoire vivante avec ses réussites et ses fêlures. Marie-Pierre raconte surtout qu’avant d’être une catégorie, une identité ou un regard posé par les autres, elle est une personne. Être avant d’être définie. Être avant d’être jugée. Être, tout simplement, soi. Mais, comment être soi quand la société accepte de vous regarder comme un spectacle et refuse de vous reconnaître comme une personne ?
288 pages