L’arène intérieure d’Ulysse Josselin, Philippe Rey

Saint-Nazaire, 30 juin 2026

Ce roman autofictionnel est arrivé avec retard (postale) chez moi, comme un invité que l’on attend plus. Beaucoup ont déjà glosé cet ouvrage, mais presque exclusivement en s’extasiant devant les 28 ans du romancier, comme si le talant devait avoir un âge, de préférence de celui du cimetière !

Je vais vous parler de ce roman comme je l’ai perçu, moi qui suis de la génération X.

Le narrateur, âgé de 25 ans dans le texte, raconte ce qui le conduit un jour à demander un internement en psychiatrie. Il raconte l’hôpital, les patients, la vie quotidienne, sa vie professionnelle et une adolescence qui l’ont conduit un jour à demander de l’aide, afin de ne pas renouveler le geste du suicide qu’il a déjà commis, physiquement, mais aussi moralement, poussé par la vie et par des parents défaillants et toxiques.

Le narrateur a le parcours de la Gen Z quand elle imite la génération X pour son indiscipline, à défaut d’en imiter la révolte et la lassitude, nourrie d’une part de son esthétique et de ses codes, mais sans se réclamer d’être bisexuelle ou homosexuelle. C’est une génération fluide. Le narrateur parle de sa sexualité sans la nommer tout de suite et s’il la nomme, c’est parce qu’il y est contraint par la société. Par nature, il est attiré par l’un ou l’autre sexe sans se poser de question. Ce n’est pas un ouvrage militant, ce n’est pas un ouvrage volontairement queer, c’est la vie d’un enfant de son siècle. Saluons ici les Editions Philippe Rey qui, dans leurs publications LGBTQ+, ne se bornent pas à faire comme leurs concurrents (même prétendument militants) en publiant un texte, généralement mal écrit, à propos de la première amourette au lycée ou à la plage. Il y a dans L’arène intérieure du fond et du style. On retrouve dans le style du roman, dans la pensée de l’auteur et dans le destin du narrateur, des échos d’Yves Navarre et de Pascal de Duve dans leur approche de la souffrance, de Cyril Collard pour sa liberté, de Robert de Montesquiou, grande figure littéraire de la Belle Époque, dans la manière de parler de sa jeunesse. Plus qu’un roman, c’est un témoignage, une marque gravée dans la pierre, l’un instantané d’une époque. Le narrateur de L’arène intérieure fait ce que font beaucoup de ceux de la Gen Z : fuites nocturnes dans des bars et des boîtes où des patrons malhonnêtes les laissent pénétrer malgré leurs 14 ans ; consommations juvéniles d’alcool et de cocaïne payés par de généreux adultes qui cherchent à compromettre les lys et d’enfants de grands bourgeois corrompus dès la naissance et qui balade leur ennui et la déchéance de leur caste en s’acoquinant un temps avec quelques noctambules arrivés par le dernier TER. Les rêves de la Gen Z sont les mêmes que ceux de la génération X : sortir de son triste quotidien, fuir sa famille, briller sous les néons et les stroboscopes en se dépêchant de vivre. C’est presque, par moment, Queer As Folk (version US de 2000). Une différence de taille avec la génération précédente : le désir d’entrer dans le monde de la mode. Le Narrateur n’y échappe pas. Il s’y introduit et se trouve papillon épinglé d’une version masculine de Miranda Priestly (Le Diable s’habille en Prada), en plus ignoble et surtout plus réelle.

Il est intéressant dans la construction de ce roman de constater que le narrateur ne pose pas de jugement a posteriori. Il délivre sa vision et ses impressions au moment des faits, même quand il se les remémore comme un spectateur ; un fait que l’un des personnages, psychiatre, souligne en lui disant : « vous parlez de vous comme d’un autre ». Or, « Je est un autre », dit Rimbaud ; « c’est acte d’écrivain » dit Loup Odoevsky Maslov ; « un acte de prince » dit Tenishev. J’ajoute : « c’est un acte de salutaire ». La narration est faite avec recul, comme une confession, une libération et un dédouanement aussi pour le lecteur qui probablement se retrouvera dans certains passages qui ne laissent pas indemne.

Le narrateur peut être vous, votre petit frère, votre fils, le lecteur de génération antérieure à celle du narrateur remarquera que la Gen Z, qui s’avoue connectée (le Narrateur dit avoir fait son « coming out bi » sur ses réseaux), n’est pas sur les applications de rencontre et n’a pas non plus le « gaydar/bidar » de ses aînés. Il manque au narrateur, comme à tous ceux de sa génération, un grand frère pour l’aiguiller ; là, la faute en incombe aux LGBTQ+ de la génération X qui n’a pas su avoir l’attitude de ses ainés envers elle. La lecture de ce roman nous jette au visage une réalité, celle du constat que la Gen Z est en perpétuelle dérive et chacun de cette génération ne peut compter que sur lui-même. Il ressort de ce roman un autre fait intéressant : la Gen Z n’a pas le discours pleurnichard de la génération Y qui accuse Grindr, Tinder et ses parents de son naufrage affectif en continuant de croire que l’Amour et la réussite économique se commandent comme une pizza. Le narrateur n’accuse personne de son naufrage et de sa solitude morale. Il est d’une force incroyable, de celle des résistants. La peur au ventre, il avance, croit à un avenir meilleur. Il cherche des mains tendues pour l’aider à se sortir de sa douleur, de son désespoir, va à la rencontre de celui qui est le plus important dans la Vie : SOI.

Vlad d’Escoubleau

Parution : avril 2026.

Auteur/autrice

  • Vlad d'Escoubleau

    Ancien militaire qui aime la littérature qui déplace, les histoires d’hommes et de femmes qui ont façonné le monde de l’art, des idées…

    L’écriture et la recherche historique font partie de sa vie.

    Saint-Nazaire, Belgrade, Venise, Tripoli, le monde.

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