
Vivre dans une seconde peau
Samuel Dock est psychologue clinicien. Son métier, c’est d’écouter les autres parler d’eux. Avec Latex, paru pour la rentrée littéraire chez Grasset dans la collection « Le Courage », il prend la parole à son tour et fait son autoportrait.
Charles Dantzig étant l’éditeur, ce beau livre rouge et noir avait d’emblée rejoint la pile des lectures sûres. Un éditeur, pour moi, ça compte.
Latex est un livre franc, construit avec précision, qui figure déjà dans la première sélection du prix Décembre.
Une silhouette gainée de noir, tête baissée, sous un grand aplat rouge. La couverture accroche l’œil, et la réflexion sur le latex commence déjà. Si vous pensez qu’elle promet du scandale, sachez qu’elle trompe un peu, parce que Latex commence comme un récit d’enfance.
Samuel est petit. Assis à l’arrière de la voiture familiale, il regarde les motards doubler, ces corps de cuir qui filent et disparaissent. Personne ne remarque rien. Lui non plus, d’ailleurs, ne sait pas encore ce qui se joue. Le livre revient sur cet enfant à sept ans, à huit ans, à neuf ans, pendant que l’homme d’aujourd’hui raconte en parallèle ses nuits, ses achats, ses rencontres. Les deux fils avancent ensemble et se resserrent. La construction est d’une clarté remarquable : on voit un désir se former, se cacher, puis trouver sa matière.
Cette matière, c’est le latex. Une combinaison, un masque en silicone, et le corps change. Les aspérités disparaissent, la peau devient une surface noire, souple, luisante. Samuel devient un autre.
Refuge, addiction, fable intime, jouissance bien réelle ? Le livre ne tranche pas, et il a raison de ne pas trancher, de ne jamais juger.
Vingt ans de fréquentation d’une communauté, avec ses rites et ses lieux, racontés de l’intérieur. Peu de lecteurs soupçonnent l’existence d’un monde aussi organisé.
Samuel Dock décrit sans fard la spirale de l’achat : le colis venu d’Angleterre ou d’Allemagne, le sac qui devient valise, la valise qui devient placard. Cette lucidité sur ses propres travers est, à mes yeux, la plus grande force du livre. Un auteur soucieux de plaider sa cause aurait poli son personnage. Samuel le laisse tel quel, avec ses angles.