
L’Horizon et l’Infini a assisté au Festival America, qui s’est tenu dans plusieurs lieux de la ville de Vincennes, du 24 au 27 septembre.
Pour cette douzième édition, placée sous le signe des deux cent cinquante ans de la Déclaration d’indépendance, le festival a pris une décision inhabituelle : lui qui, d’ordinaire, accueille tout le continent, s’est, cette fois, concentré sur un seul pays. Quatre jours, une soixantaine d’invités venus des États-Unis, plus de 150 rendez-vous et un thème ne laissant aucune porte de sortie : USA, état des lieux.

Un détail ne peut être passé sous silence : l’ambassade des États-Unis a baissé de 80 % le montant de sa contribution annuelle. Une contribution qui correspond à 3 % du budget selon l’AFP. Une somme modeste, mais un symbole énorme, dont il aurait été difficile d’imaginer meilleure illustration du thème. A Vincennes, du Magic Mirrors du cours Marigny à l’auditorium du Cœur de Ville, la même question revenait dans les conversations :
- Que reste-t-il des Etats-Unis quand nous les regarde de près ?

Le Festival America est un succès à chacune de ses éditions. La foule y est venue encore une fois des quatre coins de la France et de l’ensemble des pays circonvoisins. Dans les files d’attente, les langues se mêlaient. Le fondateur du festival, Francis Geffard, PDG de la librairie des Millepages1 et directeur de département chez Albin Michel, a présenté l’évènement comme le plus important déplacement d’auteurs états-uniens jamais organisé en Europe, ce que la liste des participants confirme : Colum McCann, Jay McInerney, Laura Kasischke, Jesmyn Ward, Viet Thanh Nguyen, Tommy Orange, Katie Kitamura, Gary Shteyngart ou Patrick Radden Keefe, etc. La liste est longue et nous ne pouvons pas tous les citer ! Soulignons cependant que la figure tutélaire de cette édition fut Joyce Carol Oates, dont le nom revient chaque automne dans les pronostics du Nobel ; que Ta-Nehisi Coates a parlé dimanche de son pays avec une lucidité qui a dérangé ; que John Grisham, le maître du thriller juridique, a rempli l’Hôtel de Ville. Le roman graphique a prouvé qu’il n’est pas un figurant dans le monde de la littérature et de la diffusion des idées et de la connaissance. En effet, Alison Bechdel, Emil Ferris et Noah Van Sciver ont rappelé que la bande dessinée raconte les Etats-Unis avec autant de justesse que le roman. De manière générale, la parole était libérée de toute censure et de tout crainte de représailles directes, dressant un état des lieux qui ne plaît pas du côté de la Maison-Blanche.

Côté récompenses, le Prix des lecteurs de la Ville de Vincennes a été attribué au roman Les Révérentes, de Addie E. Citchens (Éditions Christian Bourgois)2, tandis que Madeline Cash a remporté à la fois le Prix des lycéens et le Prix du roman Page/America, pour son premier roman ; Les Brebis égarées (Denoël)3.
À l’année prochaine l’Amérique à Vincennes !
Cristina

1 Librairie Millepages, 91, rue de Fontenay, 94300 Vincennes.
2 https://bourgoisediteur.fr/catalogue/les-reverentes/
3 https://www.denoel.fr/catalogue/les-brebis-egarees/9782207184790