Exposition Chateaubriand et Juliette Récamier, Mon dernier rêve étant pour vous.

Du 2 octobre 2026 au 26 septembre 2027

Vallée-aux-Loups, Châtenay-Malabry

Par une belle journée de cet été indien, nous prenons le RER jusqu’à Robinson pour une visite de presse de la nouvelle exposition, « Mon dernier rêve étant pour vous », consacrée à Chateaubriand et à Juliette Récamier, à la maison de Chateaubriand, propriété du département des Hauts-de-Seine, à la Vallée-aux-Loups. Un endroit qui me fascinait, lorsqu’adolescente, amoureuse de l’enchanteur, j’imaginais un paysage romantique d’ombrages et d’animaux sauvages.

Au bout d’un chemin qui sent bon le sous-bois, Anne Sudre, la directrice de la maison de Chateaubriand, organisatrice de cette exposition, nous attend sur le seuil de la bâtisse, à l’origine un ermitage en mauvais état. Le petit groupe de journalistes se rassemble dans une salle dotée d’une belle bibliothèque où Anne Sudre nous explique les différentes activités de la maison : expositions, conférences, lectures, ateliers d’écriture, de slam, de manga, d’arts créatifs, rencontres avec des auteurs, des historiens, remise du Prix Chateaubriand, Festival littéraire…

Dans une salle à manger de meubles d’époque, elle nous raconte l’histoire de la demeure où François-René de Chateaubriand a vécu de 1807 à 1817 et où il commence à écrire ses Mémoires d’outre-tombe. A son arrivée, l’écrivain dépense beaucoup d’argent en travaux d’aménagement : c’est lui qui crée la façade « à la grecque » avec des colonnes noires, lui qui se dote d’un escalier en bois à double révolution, lui qui plante des arbres rares considérés comme ses enfants. Ici, on se croirait dans une maison de campagne aux pièces à taille humaine, ouvertes sur une vaste pelouse bordée d’arbres tant aimés. Dans un salon meublé style Charles X, des portraits : Chateaubriand en pair de France, la duchesse de Berry, le duc d’Enghien. Au mur, du papier peint des ateliers Pierre Frey. Le décor d’origine est difficile à reconstituer à l’identique, reconnaît la directrice. En effet, en 1817, Chateaubriand est si endetté qu’il se voit obligé de vendre ce bien cher à son cœur à Mathieu de Montmorency. Bien plus tard, en 1914, un de ses propriétaires est le docteur Henry Le Savoureux qui y fonde une maison de santé. Devant le mur de gauche, le buste de Juliette Récamier, œuvre de Chinard. La jeune femme, au visage tout en rondeur et douceur, serre le haut de sa tunique avec pudeur. Devant une telle beauté, on comprend pourquoi Chateaubriand est tombé amoureux de cette salonnière célèbre, cultivée et spirituelle. Si cette exposition évoque à merveille une époque et le parcours d’un écrivain, ambassadeur et homme politique, elle relate surtout l’histoire d’amour de deux êtres exceptionnels, de leur rencontre à leur mort.

Dotée d’une vive intelligence, Juliette reçoit une solide éducation. Elle apprend le latin, l’anglais et l’italien, la musique (la harpe et le piano), le chant et la danse, ainsi que le dessin auprès du peintre Hubert Robert. Sa mère lui transmet les codes de la sociabilité mondaine : l’art de se mettre en valeur, de converser, de recevoir et de plaire. Lorsqu’elle épouse, en 1793, le banquier Jacques Rose Récamier, ami de sa famille, elle a quinze ans, lui quarante-deux. Cette union de convenance, jamais consommée, vise à assurer son avenir dans le contexte troublé de la Terreur. Juliette est amie des libéraux : son salon inquiète le pouvoir. Très courtisée, elle ne cède jamais à ses soupirants.

Né à Saint-Malo où, avec mon compagnon, nous avons vu sa maison cet été, Chateaubriand grandit non loin, à Combourg, un château hanté et lugubre, qui l’a beaucoup marqué. Marié à Céleste, il multiplie les aventures. Lorsqu’il rencontre Juliette Récamier en 1801, Chateaubriand a publié Atala qui l’a rendu célèbre. Ce n’est qu’en 1817, chez Germaine de Staël, que leur relation devient une idylle.

Devant la méridienne qui ressemble parfaitement à celle du tableau de Jacques Louis David, on imagine Juliette dans son salon, entourée de beaux esprits. Près d’elle, sa harpe qu’on retrouve dans sa chambre à l’étage, où des salles sont réservées à des correspondances, à la première édition des Mémoires d’outre-tombe, à des tableaux et médaillons, autant de vestiges d’un amour qui évolue. Juliette souffre des infidélités de René. Parmi ses maîtresses : Pauline de Beaumont, Delphine de Custine, Natalie de Noailles, Cordélia de Castellane ou encore Hortense Allart. Des amours qui nourrissent son imaginaire et son œuvre. Pourtant, aucune de ces femmes n’occupe une place comparable à celle de Juliette Récamier. À mesure que les années passent et que les passions s’amenuisent, leur amour se mue en une tendre amitié, où chacun aide l’autre à construire sa notoriété. Et si Juliette figure en héroïne dans les « Mémoires », elle œuvre toute sa vie pour la gloire de celui à qui elle écrit : « Vous ne le croyez pas, cher ami (…) Il ne dépend plus de moi, ni de vous, ni de personne, de m’empêcher de vous aimer : mon amour, ma vie, mon cœur, tout est à vous. » Et Chateaubriand lui écrit dans une lettre : « Il me semble que des siècles se sont écoulés depuis que je vous ai dit que je vous aime, que mon bonheur est entre vos mains. »

Avant de quitter ce paradis, quelques pas vers la tour Velléda où l’écrivain s’isolait. Dans le parc, les arbres, souvenirs vivants de ses voyages : cyprès chauve et catalpa, incarnations de l’Amérique ; platanes, symboles de Grèce ; cèdres, symboles du Proche-Orient. Ici, au creux de la pelouse, on croit voir passer deux silhouettes qui se promènent bras dessus bras dessous d’un pas tranquille.

Maison de Chateaubriand, domaine départemental de la Vallée-aux-Loups 87 rue de Chateaubriand — 92290 Châtenay-Malabry

maisondechateaubriand.hauts-de-seine.fr

vallee-aux-loups.hauts-de-seine.fr

Auteur/autrice

  • Emmanuelle de Boysson

    Emmanuelle de Boysson est une romancière, critique littéraire et essayiste française.

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