À la découverte de deux éditrices de la sélection du prix Hors Concours : Éditions de l’Aube et Ateliers HD

RDV Hors Concourt

Cette semaine, on pousse la porte de deux autres maisons indépendantes retenues dans la sélection 2026 du prix Hors Concours. Deux éditrices nous parlent du livre qu’elles ont choisi de défendre, et de ce que signifie pour elles garder l’esprit libre dans ce métier.

Éditions de l’Aube Avec Madame Bovary, ma mère et moi, Manon Viard accompagne le cinquième roman de Samira El Ayachi. Une consultation médicale, une question de routine sur les antécédents familiaux, et Salwa se tait. Elle réalise qu’elle ignore presque tout des femmes qui l’ont précédée. Sa mère est arrivée du Maroc au début des années 80, par le regroupement familial, et n’a jamais rien raconté. Pour briser ce silence, Salwa avance à tâtons, avec Emma Bovary comme drôle de compagne de route. Le livre met enfin des mots sur la santé mentale de ces femmes immigrées que l’histoire a laissées dans l’ombre. Samira El Ayachi est née à Lens en 1979. Elle écrit des romans et pour le spectacle vivant. Dans Le ventre des hommes, elle avait déjà raconté son père, mineur marocain dans le bassin houiller. Ce nouveau roman a reçu le prix Marie Claire 2026.

Ateliers HD Maureen Demidoff, elle, a misé sur un premier roman : En plein ventre, de Charlotte Barberon. Tout commence par une phrase qu’aucun enfant ne devrait entendre. Sa mère lui avoue qu’elle ne voulait pas d’elle. La petite fille s’appelle Marie-Agnès, elle a sept ans. Plus tard, le monde la connaîtra sous le nom de Niki de Saint Phalle. Le roman suit cette gamine à part, puis cette jeune femme pleine de colère, jusqu’au jour où créer devient une question de survie. Les phrases sont courtes, nerveuses, et on sort de là avec l’impression d’avoir croisé Niki avant qu’elle ne devienne une légende. Charlotte Barberon travaille auprès de classes à horaires aménagées d’arts plastiques, là où la littérature et les arts visuels se rencontrent.

Deux livres qui parlent de mères et de filles, de ce qui ne se dit pas et de ce qu’on finit par en faire. Aucun des deux n’avait l’air d’un pari facile. Un roman sur la santé mentale des femmes immigrées, un premier roman sur l’enfance abîmée d’une artiste qu’on croit connaître : il fallait y croire. Manon Viard et Maureen Demidoff y ont cru. L’esprit libre, chez une éditrice, commence sans doute là, dans cette façon de suivre un texte avant de suivre le marché.

Auteur/autrice

  • Cristina Soler

    Fondatrice et directrice du média, critique littéraire et journaliste culturelle pour la presse européenne. Elle conduit depuis plusieurs années un travail d’analyse, de médiation et de transmission autour des livres et de la création contemporaine. Elle est également productrice et corédactrice de l’émission web Fragments.

    SciencesPo, formation continue à l’ENA en communication et mécénat culturel. Ancienne élue locale et responsable politique, en Italie puis en France. Elle a longtemps cru qu’elle changerait le monde par la politique. C’est le monde politique qui a changé.

    Lire, transmettre, conseiller, proposer ce qu’elle aime : c’est ainsi qu’elle agit.

    Elle espère intéresser, faire réfléchir, donner envie d’être libres. Libres d’aimer Pratchett, Proust, Kant et les comics. D’aimer le grec ancien et la langue des Ents, le klingon ou, comme elle, le chant grégorien.

    Elle parle aussi de cinéma, de théâtre, de loisirs, de jeux. De tout ce qui traverse sa vie et de ce qu’elle peut faire aujourd’hui.

    Le livre de sa vie est Wuthering Heights.

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