
J’ai rencontré Sarah Tadlaoui au Zimmer, à Paris, pour parler de son premier roman, Croire au code, publié aux éditions Héloïse d’Ormesson. J’aime les livres qui, sous une apparente légèreté, viennent bousculer nos certitudes les mieux installées l’autrice s’attaque à une croyance profondément ancrée dans nos sociétés : celle du mérite, cette idée si séduisante selon laquelle le travail, l’intelligence et la volonté permettraient de franchir toutes les frontières sociales ; une belle promesse pas toujours tenue.
Sarah Tadlaoui connaît les coulisses de cette industrie technologique qui prétend dessiner notre avenir et dont les discours sur l’innovation, la diversité et l’excellence dissimulent parfois des réalités beaucoup moins reluisantes.
Son héroïne, qui n’a pas de nom, est fille d’immigrés. Elle a grandi dans un milieu populaire, étudié avec acharnement, obtenu un doctorat en intelligence artificielle et rejoint une grande entreprise technologique. Une trajectoire exemplaire, pourrait-on dire. Le genre de parcours que notre société aime brandir comme la preuve que tout est possible.
Tristan, l’homme qu’elle aime, est issu d’un milieu privilégié. Là encore, Sarah Tadlaoui touche à quelque chose qui me semble profondément vrai : les différences de classe ne s’arrêtent pas à la porte de l’intimité. Elles traversent les relations amoureuses, les malentendus, les silences. Elles déterminent parfois jusqu’à notre manière d’envisager l’avenir. Nous pouvons maîtriser les algorithmes les plus complexes et rester démunis devant les règles tacites, les codes de notre société.
Le titre du roman est à cet égard particulièrement bien trouvé. Croire au code, c’est croire à l’informatique, à cette rationalité presque rassurante qui veut que chaque problème possède sa solution. Mais c’est aussi croire aux codes sociaux, à leur apprentissage, à la possibilité de les déchiffrer pour accéder enfin à ce monde qui nous a longtemps laissés à sa porte.
Sarah Tadlaoui emprunte à l’univers informatique ses signes, ses ruptures, sa syntaxe. Les phrases se fragmentent, les barres obliques surgissent, comme si la pensée elle-même cherchait à s’organiser selon une logique de la programmation.
Croire au code est un premier roman vif, inventif, moderne. Un livre qui parle de technologie, certes, mais plus encore de classe sociale, d’identité, de désir d’appartenance et de désillusion.