
Ce livre, je l’ai lu début septembre, mais depuis, j’y pense régulièrement ; il est de ceux qui ne vous laissent pas tranquille.
J’ai rencontré Robin Josserand pour discuter d’Après Mireille, et je suis repartie avec l’impression d’avoir parlé de ma propre histoire autant que de la sienne.
Mireille Mallet était son arrière-grand-mère. Institutrice, résistante, déportée à Ravensbrück, elle est revenue, oui, mais pas entière. Pour la raconter, l’auteur s’appuie sur la parole de son grand-père Jean-Claude qui avait quatre ans et demi quand on a arrêté sa mère. Il a grandi auprès d’une femme devenue incapable de s’occuper de ses enfants. Robin Josserand aurait pu en faire une héroïne de plaque commémorative. Il a choisi plus difficile : regarder en face ce que les camps ont laissé chez ceux qui en sont revenus, et chez ceux qui ont dû vivre à côté d’eux. Le livre ose même se demander si la victime peut, à son tour, faire souffrir. Il ne tranche pas. Et c’est justement ce refus de la réponse facile, avec une pudeur rare sur les épisodes les plus durs, qui m’a bouleversée.
La mémoire, je ne la vois pas comme un devoir abstrait. Lycéenne, engagée dans les syndicats étudiants, j’ai fait le tour des lycées de Rome aux côtés de survivants des camps. Je me souviens des salles de classe soudain silencieuses, des élèves qui n’osaient plus bouger, de ces voix âgées qui racontaient sans trembler ce que personne ne devrait avoir à raconter. Ces témoins disparaissent aujourd’hui, un à un. C’est à nous de prendre le relais et de transmettre.
Robin Josserand le fait magnifiquement. Après Mireilleprouve qu’on peut porter la mémoire d’une famille sans la figer, et qu’une génération, qui n’a rien vécu de tout cela, peut trouver les mots justes.
Lisez-le, puis faites-le lire, et demandez à l’auteur les livres de l’autre écrivaine de la famille : Mireille.