L’Odyssée du savoir. Vraies sagesses et fausses croyances. Des origines à l’antiquité tardive, Jean-Jacques Bedu, Cerf

Essayiste et biographe, lauréat de plusieurs prix littéraires, fondateur du site Internet et du Prix Mare Nostrum, consacrés à la littérature méditerranéenne, Jean-Jacques Bedu est l’auteur de nombreux ouvrages qui font autorité, dont « Les Initiés » (Robert Laffont, collection Bouquins). A l’heure où « la confiance du public envers le savoir « officiel » vacille comme jamais », où « la croyance menace d’éclipser la connaissance », son Odyssée du savoir a l’ambition de nous permettre de renouer avec la vérité, de fuir les mirages d’un passé réinventé. Cet ouvrage de 669 pages est le premier volet d’une trilogie monumentale qui nous conduira de l’énigme des peintures rupestres aux défis de l’intelligence artificielle.

Dès le début, Jean-Jacques Bedu nous ouvre les portes de l’éternelle quête humaine de sens, ce besoin de croire qui se manifeste déjà dans la préhistoire et dont il nous reste de nombreux vestiges archéologiques, témoins émouvants des mythes de ces temps reculés. Tel un guide bienveillant, Jean-Jacques Bedu nous éclaire lors de ces voyages dans le temps et nous met en garde contre la tentation de projeter sur ces sociétés nos propres pensées. Cette exigence de vérité est une constante bénéfique au fil de ce périple qui se poursuit par une plongée dans l’abîme des origines du langage, puis par la révélation de l’Homme de Harbin (dont la datation du crâne serait entre 138 000 et 309 000 ans), un contemporain de l’Homme de Néandertal. Jean-Jacques Bedu parsème le texte de références (il cite Mircea Eliade, auteur d’une « Histoire des croyances et des idées religieuses » et Jean-Loïc Le Quellec, auteur de « La caverne originelle », la Découverte 2022), mais au-delà d’un travail remarquable, ce Livre est une recherche passionnante où il sonde la spiritualité des premiers hommes, tel un archéologue, pour découvrir le sens caché du chamanisme et comment l’humanité a toujours été à la recherche de la transcendance et du lien avec l’invisible. Face au mystère du culte des ancêtres, se lit ce besoin « immémorial de sacralité » si émouvant. Bien sûr, il est question de l’Atlantide, célèbre mythe d’une civilisation disparue. Jean-Jacques Bedu ne manque pas de poésie pour l’évoquer, reprenant Platon. Une enquête menée avec rigueur et panache. 

En seconde partie, il nous entraîne dans le monde des géants de pierre de Carnac et d’ailleurs : sanctuaires rituels ou observatoires célestes ? Après les mégalithes, il en vient à l’écriture, cet art sacré « capable de dénouer les énigmes de la création ». Une « expression du divin » ? Lorsqu’il aborde les mythes, il s’en réfère à George Dumézil. De la galaxie Gutenberg aux sources orientales de la pensée ésotérique, Jean-Jacques Bedu navigue entre des mondes, des savoirs, des époques avec une aisance incroyable et une passion communicative. 

Quand il nous dévoile les mystères égyptiens, c’est l’émerveillement : tout est là, en quelques pages. Et l’au-delà devient une nouvelle renaissance vers le royaume d’Osiris. Sur la question fascinante de l’ésotérisme en Egypte pharaonique, Jean-Jacques Bedu fait à nouveau la part du vrai et du faux de ces savoirs secrets, revenant vers ce que cette civilisation nous apprend sur nous-mêmes. 

De la Mésopotamie à la Crète minoenne (dont on trouve des vestiges à Santorin), aux cités d’Italie et des polythéistes variés, se dessine une sagesse, un désir d’harmonie millénaire et Jean-Jacques Bedu s’enchante devant « le merveilleux » des récits cosmogoniques. Sur l’ésotérisme étrusque, on apprend que les forces invisibles en « imprégnaient la vie quotidienne », par des tombes, des rites, fondations du monde romain. Au terme de ce voyage dans les « paysages sacrés des peuples anciens », Jean-Jacques Bedu s’interroge : quels reflets, échos, fantômes, « ces civilisations projettent-elles sur notre temps » ?

Lorsqu’il explore la Grèce secrète, de Pythagore à Orphée, aux mystères de Dionysos, il illumine ses pages d’une lumière claire et brillante, un peu comme le faisaient les anciens professeurs qui pratiquaient la maïeutique et nous rendaient intelligents. Avec son art de jeter des ponts d’une époque à l’autre, il analyse l’héritage néo-platonicien dans le monde chrétien, pour en venir à « la semence mystique jetée sur le sol grec » qui se répand à Rome, là où les dieux venus d’Orient seront adoptés, jusqu’à l’avènement du Christ, dont il évoque les thèses qui remettent en question de son historicité. Des découvertes des manuscrits de Qumrân aux prémices de la kabbale et de l’épopée mystique du judaïsme, il en vient au zoroastrisme perse et ses influences, dont le manichéisme. Quant aux druides, dont les savoirs nous hantent, ils restent des écolos avant l’heure, puisqu’ils vénèrent la nature, et rendent grâce au ciel. Les rites du passé sont d’ailleurs tous des actions de grâce, où l’homme exprime sa gratitude de vivre et puise des forces dans la connaissance de l’invisible (le chant des oiseaux, d’un corbeau devient une voix divine). Un dernier regard vers l’Orient, vers le bouddhisme, et le livre s’achève par un hommage à Confucius, au taoïsme. 

En guise d’épilogue, Jean-Jacques Bedu nous interroge : « saurons-nous, à notre tour, lire les signes de notre temps et transformer nos crises en une aurore nouvelle ? » 

Un grand livre, érudit, profond, essentiel, d’une plume limpide, une encyclopédie, une enquête captivante à garder précieusement dans sa bibliothèque et à offrir à tous ceux qui cherchent à comprendre le monde. Ceux qui s’intéressent aux liens entre science et sagesse.

Emmanuelle de Boysson

Auteur/autrice

  • Emmanuelle de Boysson

    Emmanuelle de Boysson est une romancière, critique littéraire et essayiste française.

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