
Avant que les livres d’Isabelle Villain me soient donnés à lire pour écrire sur sa rencontre avec les lecteurs dans le cadre d’ « On lirait le Sud », je ne devais plus avoir touché un polar depuis au moins 10 ans. Pourquoi ? Je ne saurais pas le dire, mais absorbée par la littérature classique et une actualité galopante, ce genre qui avait tout de même occupé une bonne partie de mon adolescence était passé à la trappe. Avant de rencontrer l’autrice, ex de la publicité et organisatrice d’événements installée, un pied dans le Vaucluse, l’autre à Paris, la moindre des politesses était d’avoir lu au moins deux de ses titres. Dans la série des enquêtes de Rebecca de Lost, j’ai commencé par la fin, par le dernier paru des six : « Game Over. » Accro ! Un livre un jour, j’ai dévoré la série, simplement freinée par ma libraire, dealeuse des éditions Taurnada qui a peinée à suivre la cadence. Cela m’aura valu de manquer deux rendez-vous (désolée) et aujourd’hui je peux dire que j’ai quasiment tout lu d’Isabelle Villain et j’ai adoré. Pourquoi ? A travers ses enquêtes Rebecca de Lost devient attachante, Isabelle Villain distille l’actualité dans ses enquêtes qu’elle raccroche à des sujets de société. C’est simple à lire et en même temps cela donne à réfléchir. Passons à la rencontre avec une fille simple et sympa qui cache bien sa plume de meurtrière en série derrière un sourire de clean girl !
Les livres et vous, racontez-moi l’histoire ?
« En CM2, en classe de neige, notre instituteur nous a lu « Premier de cordée » de Frison-Roche et je suis tombée amoureuse de cette écriture. Comme je ne suis pas du genre à ne pas faire les choses à moitié j’ai lu tout Frison-Roche… quand j’ai épuisé l’auteur ma mère ma donné « Mort sur le Nil » et j’ai lu tout Agatha Christie en 6e, et puis tous les Simenon, tous les Exbrayat… j’ai lu ensuite les autrices américaines comme Marie Higgin’s Clark et j’ai découvert Jean-Claude Izzo et Fred Vargas qui a été un propulseur des femmes dans le polar français. Je me suis dit, tiens, en France aussi il se passe quelque chose, c’est intéressant. Je suis cette lectrice de polar qui aime découvrir qui est le coupable. »
Vous et l’écriture, cela a commencé comment ?

« J’étais fille unique et j’aimais déjà beaucoup me raconter des histoires et j’ai eu l’idée d’un polar sous-marin quand vu mon mari et mon fils sortir d’un cours de plongée. Et je me suis dit, il n’y a jamais eu d’histoire de meurtre sous-marin, il y a un sujet. Il faut être un peu bizarre pour penser ça à la plage, en vacances, mais j’ai pris un petit cahier, un crayon et j’ai écrit ma première nouvelle « Cadavre aux olives. ». J’ai commencé la série avec Rebecca de Lost il y a dix ans et avec « Game over » je clôture notre histoire ensemble. Je ne voulais pas écrire le roman de trop. Je lui ai fait vivre plein de choses. Au départ je mettais en Rebecca beaucoup de mes amies, et puis beaucoup de moi. Je voulais une femme dans son temps avec des problèmes de son temps. Nous avons vieilli ensemble et comme j’aime être crédible, pour Rebecca il est presque temps de prendre sa retraite.. Je vous avoue… j’ai versé ma petite larme quand j’ai terminé « Game over » par ce que je me suis attachée… »
Comment vous viennent vos sujets ?
« Je choisis un thème soit parce qu’il touche quelqu’un de mon entourage, soit parce que cela me révolte, soit parce que c’est l’actualité… Pour « Mauvais genre » qui parle des enfants transgenres, c’est une personne de mon entourage qui m’a dit : j’aimerais bien que tu parles de mon histoire autrement. Et à partir du moment où je choisis mon thème, j’interroge des personnes où j’approfondis mes recherches. L’intrigue me vient au second plan. J’aime cette période d’enquête, j’aime bien fouiller, essayer de rentrer dans la tête des gens. Cela m’amuse beaucoup ! »

Votre prochain champ d’exploration ?
« C’est le bizutage dans les grandes écoles. »
Quelles sont vos habitudes d’écriture ?
« J’écris à Paris, parce que j’ai un petit appartement et que c’est plus simple que dans le Vaucluse. J’ai une grande maison avec un grand jardin et on a beau dire que la vie est plus cool en province, dans le Vaucluse, j’ai beaucoup de choses à faire. Finalement, je travaille tout le temps parce que quand je fais mon jardin, je réfléchis, quand je suis en terrasse d’un café, j’écoute, je suis tout le temps en alerte de ce que peuvent dire les gens, de l’actualité… j’aime aussi beaucoup travailler dans le train, j’ai acheté de petits écouteurs et je m’isole du bruit, je mets de la musique, je suis dans ma bulle quand je fais mes recherches, par contre quand j’écris c’est silence total ! »
« Les gens pensent que parce qu’on est des femmes, toutes gentilles toutes mignonnes nous ne sommes pas capables d’écrire des horreurs et bien c’est archi faux ! Le collectif, les Louves du polar permet de mettre en lumière les polars féminins, de leurs donner une visibilité au milieu d’une production qui est souvent masculine, même si cel a changé un peu aujourd’hui. Par contre, ce qui est drôle c’est que quand on est en salon généraliste, les auteurs de polar nous sommes souvent placés à côté des toilettes un peu mis à l’écart et regardés parfois un peu de travers par les autres ce n’est pas grave moi j’adore écrire du polar et j’adore en lire aussi. Je ne prétends pas être Victor Hugo, mais je suis un peu triste quand les gens généralisent et disent que les polars sont mal écrits. »
Parlez-nous du tout dernier « Game over ? »
« C’était l’idée du crime gratuit piloté par un marionnettiste qui invente un jeu mortel derrière son écran. Le prochain, c’est la suite. Le trouve que la société est de plus en plus dure et de plus en plus sombre et cela se ressent dans les séries en livres ou télévisée. Je me fais corriger par des policiers, j’aime être crédible dans mes polars et surtout nous avons affaire à des lecteurs de plus en plus pointus et exigeants. Quand j’ai eu cette idée, les professionnels m’ont dit que si cela ne s’était jamais passé en France c’était tout à fait possible… »
Vous faites partie du collectif les Louves du polar, être une femme qui écrit du polar est-ce de mauvais genre ?

À suivre sur le site des éditions Taurnada, les deux premiers de la série de 6, « Peine capitale » et « Âmes battues » ne sont plus disponibles en version papier, mais le sont encore en numérique. Les quatre derniers sont à commander chez votre libraire adoré : « Mauvais genre », « Blessures invisibles », « De l’or et des larmes » et « Game over. »
www.leslouvesdupolar.fr